Le tour du Bénin en moto - Julien GERARD, photographe au Bénin - Reportages et voyages

Le tour du Bénin en moto

1er décembre 2012, j'entame un long voyage de 2500 km en moto qui doit me conduire de Cotonou, au Bénin, à Malanville dans le nord, à la frontière du Niger. Le retour se fera par l'est du pays en longeant le Nigeria.

A Cotonou, quelques jours avant le départ...

Fin novembre 2012, je me trouve à Cotonou pour exécuter une commande photos de l’un de mes clients et profite de mon temps libre pour organiser mon voyage.

Priorité des priorités : acheter une moto. Je me rends chez le concessionnaire « du coin ». Très vite, mon choix se porte sur une marque chinoise : Sanya. La version 125 cm3 me paraît suffisante pour arpenter les routes et pistes du Bénin. Elle est surtout particulièrement accessible en terme de tarif : 335 000 francs CFA soit environ 500 €. Je réalise qu'en France, on a tout juste un vélo pour cette somme...

Le vendeur me livre la moto telle quelle. Pas de long discours, deux ou trois explications succinctes et « roule Raoul »... Je découvrirai plus tard que la moto est dotée de nombreux équipements bien pratiques dont, notamment, une alarme avec commande à distance.

Au fil des jours, mon achat se transformera en plaisir graduel. Comme quoi, il suffit parfois d’inverser les choses pour passer de satisfait à très satisfait. Les « marketeurs » devraient réfléchir à cela... L'achat s’effectue donc ultra rapidement : en moins d’une demi-heure, je prends possession de mon engin. Au Bénin, les plaques d'immatriculation étant inexistantes, la paperasserie s’en trouve simplifiée à l’extrême. Tant mieux car j’ai toujours eu quelques animosités envers les papiers !

C’est sur les bons conseils d’un ami, tout juste après avoir quitté le concessionnaire, que je me rends chez un soudeur afin de prolonger le porte-bagage de ma pétrolette « made in usine du monde ». Mon sac, un\n peu volumineux, est, bien sûr la cause de cette chirurgie fonctionnelle. Véritable Mozart du chalumeau, en deux temps et trois mouvements, il soude une superbe extension au porte-bagage. Et voilà comment ma Sanya s’avère prête à affronter son idylle kilométrique avec moi.

Cette première semaine à Cotonou me laisse le temps de l'apprivoiser malgré une adaptation parfois périlleuse à un sélecteur de vitesses on ne peut plus surprenant. Mais, visiblement, Sanya aime bien que je lui fasse du pied et se laisse dompter...

J'en profite également pour rencontrer Aurélien. Il dirige une agence de voyage solidaire, Double Sens et nous avons été mis en relation par Sophie, une amie commune de Strasbourg. Le monde est petit. Il s'avère qu'il connaît également deux de mes amis en Côte d'Ivoire ! Nous parlons de mon voyage, il connaît bien le pays et me donne de précieux conseils.

De Cotonou à Possotomé, chez Théo...

1er décembre 2012, jour du grand départ (attendu). Mes premiers kilomètres se font à Cotonou, ville où la circulation est plus qu'étonnante. Ici, il faut savoir rester zen en toutes occasions... et elles sont fort nombreuses. Je n'ai pas vraiment fait de planning de route, tout juste ai-je tracé mon itinéraire. Mon objectif premier est de parcourir le pays, pour le reste j’ai décidé de me laisser porter par les rencontres.

Ma première escale est prévue chez Théo, un ami rencontré lors d’un précédent voyage. Il tient une auberge sur les rives du lac Ahémé à Possotomé, un endroit plus que paisible. Son restaurant, sur pilotis, offre un réel dépaysement culinaire.

Sortir de Cotonou n’est pas une mince affaire ! Entre les camions, les innombrables motos et la cinquantaine de kilomètres de travaux, j’arrive à Possotomé au bout de longues heures de route. Théo me réserve un chaleureux accueil dans son havre de paix qui eure bon le farniente. Et il me faut bien cette récompense tant je suis exténué par ces kilomètres où j’ai dû faire preuve d’une extrême attention.

Ce premier périple m’amène à constater un vrai désagrément : mon sac photo prenant beaucoup de place, je suis dans l’obligation de m'asseoir très en avant sur la selle. Peu confortable, une autre solution s’impose d’urgence. Première nuit paisible...

2 décembre 2012. La matinée est rythmée par la lecture, les discussions et l'étude de mon parcours. Le soleil est haut, la lumière peu propice à la réalisation de belles photos... Théo connaît tous les trésors de sa région. C’est d’ailleurs grâce à lui que j'ai pu découvrir, il y a quelques mois, le marché typique de Lobogo et que j’ai également eu la chance d’assister à « la toilette des nourrissons », une coutume ancestrale.

Cette fois, il me propose d'aller visiter les villages des Terres Noires. C’est en milieu d’après-midi que nous partons pour vingt-cinq kilomètres de pistes plutôt chaotiques. A plusieurs reprises, étant à deux sur la moto, je me demande si je ne vais pas l’estropier. Son mécontentement se manifeste à travers la béquille centrale qui encaisse comme un boxeur roué de coups...

Nous arrivons un peu bringuebalants mais entiers ! Je me balade quelques heures. Au fil des rencontres, d’échanges nourris et sympas, on me sollicite pour des portraits. Comme souvent au Bénin, je me retrouve vite submergé par les demandes. Des dizaines d'enfants me suivent. Je me sens un peu moniteur de colo...

Ici, il n'y a pas de touristes et les relations restent sincères, empreintes de naturel. Aucune agressivité, bien au contraire... Malheureusement, il nous faut repartir avant la tombée de la nuit car le retour pourrait se montrer compliqué.

De retour « at home », la soirée se déroule en compagnie d’amis de Théo, un couple de Français qui s'installe pour quelques mois au Bénin. Ils fêtent leur pendaison de crémaillère. On carbure au sodabi, une sorte de « schnaps » local...

Théo me propose de rendre visite, le lendemain, aux potières de Sé. C'est jour de cuisson des poteries et le spectacle est, d’après lui, à ne pas manquer ! Curieux et très intéressé par cette proposition, je passe ma seconde nuit à Possotomé et je m’endors la tête dans les poteries de Betschdorf et Souflenheim. Résurgence alsacienne...

Matinée tranquille... Vers 15 h, nous partons direction Sé. Je découvre et le spectacle s’avère en effet particulièrement visuel. Les femmes déposent les poteries dans des fosses, à même la terre. Elles les recouvrent de branches sèches qu’elles en amment. Les poteries cuisent ainsi dans d’immenses brasiers qui dégagent une chaleur extrême. Je reste plusieurs heures à observer, fasciné par le procédé. Je mitraille allègrement... Quelques femmes viennent vers moi pour discuter, d'autres se cachent pour ne pas être photographiées. Certaines n'hésitent pas à se moquer de moi en me voyant faire de grands détours pour éviter la chaleur des foyers. Amusé, je rentre dans leur jeu... Cela m'évite d'expliquer mes doutes quant à la capacité de résistance de mon matériel photo face à de telles sources de chaleur ! Nous rentrons en fin d’après-midi. Je passe ma dernière nuit chez Théo.

Je repars dans la matinée et décide de m’octroyer un zeste d’aventure : traverser le lac Ahémé en pirogue avec la moto ! Cela me détourne un peu de mon chemin mais l'expérience m'amuse... L'embarcation arrivera avec une heure de retard sur l’horaire prévu. Ici, rien ne presse ! Le temps est aussi statique que l’eau du lac. Et tout le monde s’en accommode. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, ma Sanya est levée et chargée ! D'un œil attentif, j'observe... craignant une catastrophe. Je m'inquiète pour rien. En moins de cinq minutes, ce ne sont pas moins de quatre motos qui sont embarquées ! La traversée se fait sans encombre. J’apprécie l’instant, il est unique. Les pieds à nouveau sur la terre ferme, je reprends ma route. J’avale quarante kilomètres de piste tout confort. Un peu trop beau pour durer ! La suite du parcours s’avère bien moins confortable : quatre-vingt kilomètres sur une route truffée de nids de poules. Un élevage intensif... La moto tient le choc. Quant à moi, je suis aussi secoué qu’une bouteille d’Orangina. J’arrive à Abomey en fin d’après-midi, la pulpe décollée, totalement dégazéifié.

Abomey, la ville des rois

J'ai prévu de passer deux nuits à Abomey. L'auberge d'Abomey est un vrai havre de paix. Les chambres se trouvent au fond d'un grand jardin et la cuisine y est plutôt bonne. Dès mon arrivée je suis accueilli par une foule d'artistes avec leurs oeuvres à vendre. L'hôtelier les a sans doute prévenus de l'arrivée d'un « yovo » (blanc).

Parmi eux, il y a Arolando, un artiste peintre, sculpteur et musicien ! Un rasta. Nous sympathisons vite et nous mettons d'accord sur plusieurs peintures.

Le rendez-vous est également pris pour visiter la ville le lendemain après- midi. Il a disséminé à quelques carrefours des sculptures représentant des rois, des métiers ou des esprits vaudous. La balade est sympa, c'est un très bon moyen de découvrir la ville.

Le matin, lui, est consacré à la visite d'un centre de réinsertion pour les jeunes lles de la rue. Elles y apprennent un métier mais aussi à lire, écrire et quelques bases de mathématiques.

L'adresse m'a été donnée par Aurélien. Ce sont les voyageurs de son agence de voyage solidaire qui prennent la casquette de prof !

Chez Armand, à Dassa...

Je me rends chez Armand. J’ai prévu d’y passer deux nuits et une seule journée. Armand tient une ferme, il y a aménagé deux chambres d'hôtes. Il sait recevoir... Le dîner se fait en famille. Il en sera ainsi de tous les repas jusqu’à mon départ. Nous échangeons sur bien des sujets : la France, le Bénin, nos différences et, bien sûr, nous évoquons mon voyage.

Armand a du mal à comprendre ma curiosité, mon envie de parcourir le monde. Sa fille, lycéenne, est plus ouverte et ne rêve que de partir. Elle se montre très lucide. Elle aimerait venir en France, non pas pour y vivre et y trouver du travail mais juste « pour voir » comme elle dit. Par la suite, elle aimerait faire un tour du monde. Ses parents soulignent ses bons résultats à l'école, son ambition, son caractère décidé... Ils s'attendent à\nla voir quitter le domicile familial dès qu’elle en aura l’opportunité.

Après une première nuit réparatrice, je pars de bon matin à l’assaut de l’une des collines qui bordent la ville. Je suis accompagné d’un guide sur le bon conseil d’Armand. Les collines sont un peu la particularité de l’endroit. Elles sont nombreuses. L’objectif est de faire quelques photos de paysages. La météo n’est pas au mieux. De plus, la chaleur et la poussière créent un voile atmosphérique bien encombrant.

La marche me fait néanmoins beaucoup de bien. Je me dégourdis les jambes après les centaines de kilomètres déjà parcourus en selle. Au passage, je n'ai toujours pas réglé le problème de ma position de conduite et je le ressens... La journée se déroule en toute quiétude. Seconde nuit réparatrice.

Cap vers le Nord

8 décembre 2012. Je quitte Dassa de bonne heure. Je touche à la partie du voyage la plus délicate. Aucune difficulté majeure mais beaucoup, beaucoup de kilomètres au programme. J’ai prévu de conduire toute la journée. Le centre du pays n'étant pas ma priorité car ne présentant pas d’attraits majeurs, j’ai décidé de foncer vers le Nord. Il se passe de longues heures sans traverser le moindre village... La moto tourne comme une horloge comtoise. Il ne lui manque juste qu’un carillon pour m’égrener les heures ! J’arrive à Djougou dans un petit hôtel très agréable. Ivre de fatigue, je fais le point sur mon parcours, me repose et, chose vitale, me rassasie. Sur la carte du restaurant : pizzas ! Ô joie... Nouvelle nuit réparatrice.

Pause à Natti

9 décembre 2012. La route qui mène à Natti (diminutif habituel de Nattitingou) est une longue ligne droite... quasi interminable. Après plusieurs heures de route, je touche au nord du pays, but de mon voyage.

Une fois arrivé, je trouve rapidement l'hôtel Bellevue. La chaleur a eu raison du jardin. Les plantes sont lyophilisées. De prime abord, l'hôtel ne me paraît pas des plus accueillants, toutefois ma chambre est grande et propre. J\'y pose mes bagages ayant prévu d’y passer cinq nuits, à voir si je ne change pas d’avis... Je pars me balader dans la ville de Natti, à la recherche d'un garagiste. La moto a besoin d'une vidange. Elle s’est montrée un peu poussive sur le dernier trajet, peut-être la chaleur... Sa cylindrée est parfois limite, force est de le reconnaître. Prévoyant, j'ai décidé de lui administrer une vidange tous les cinq cents kilomètres.

A l'hôtel, la patronne s’appelle Myriam. En bonne mama africaine qu’elle est, elle dirige son établissement d’une main de fer ! Et qui n’obéit pas dérouille. Elle me présente Kunta, guide local. Nous sympathisons et nous nous mettons d'accord sur un tarif journalier pour quatre jours. Kunta dispose d’une moto. Notre première journée est consacrée aux Peul, peuple nomade qui, peu à peu, se sédentarise. C’est sous un soleil de plomb que nous partons à la rencontre de ceux qui perpétuent ce mode de vie ancestral.

Après moult kilomètres, Kunta m'avoue ne pas arriver à les repérer. Je ne lui en veux pas car les Peuls se déplacent sans cesse. Leurs villages sont itinérants, il faut s'armer de patience pour les croiser. Un bon mois, au minimum, sur place serait nécessaire pour effectuer un vrai reportage. Je ne dispose malheureusement pas de ce temps sachant que je tiens à rentrer en France pour passer Noël en famille.

La journée se termine sur une bonne note. Kunta me fait découvrir les chutes de Kota avec un bassin suffisamment grand pour s’y baigner et y nager ! Un vrai bonheur...

Après une bonne nuit de sommeil, je retrouve Kunta dès le matin. J'ai repéré une mine d'or, au sens propre du terme, sur la carte routière et le questionne. Kunta n'y a jamais emmené de touristes. Il ne m'en faut pas plus pour tenter l’aventure ! Il m'explique que c'est une mine dont l’exploitation est aujourd’hui illégale... Elle était gérée par les Français du temps de la colonisation. Actuellement, ce sont les autochtones qui l'exploitent. A grands renforts d’explosifs, ils creusent des galeries pour extraire le précieux métal. Nous décidons de nous y rendre en milieu d'après-midi, chacun enfourchant son engin.

Après quelques kilomètres de route, nous empruntons une piste menant à la mine. Quelques centaines de mètres effectuées, nous croisons un jeune qui fait du stop. Je fais signe à Kunta et lui suggère d'emmener notre auto-stoppeur. Une fois sur place, peut-être pourra-t-il nous aider à visiter la mine ? Mon intuition est bonne...

Roger, notre auto-stoppeur, travaille effectivement à la mine. Heureux de ne pas avoir à parcourir les vingt-cinq kilomètres à pied, il accepte avec joie de nous y conduire et de nous la présenter.

Arrivés, nous n’en croyons pas nos yeux... Des femmes agenouillées dans la rivière passe le sable au tamis. Un homme pompe de l'eau et la fait s’écouler dans un toboggan en bois. Plus haut, sur les pentes totalement mises à nu, des hommes creusent des galeries. Roger nous explique que lorsque l’on entend un cri, il faut courir ! C’est le signal d’une explosion.

Courir, mais dans quelle direction pour être à l’abri ? Peu importe, Roger m'explique qu'il suffit de courir ! Les détonations sont toutefois rares et en observant bien, on voit où vont se situer les explosions. Sur le plan photographique, je me régale ! L’endroit n’est vraiment pas commun. Ambiance western... L'accueil des mineurs est chaleureux, peu refusent d’être photographiés.

Le temps passe vite... Enthousiasmé, je souhaite revenir dès le lendemain et demande à Roger de nous servir à nouveau de guide. Il accepte, le rendez-vous est fixé. Ce sera chez lui, à 15 h. Au coucher du soleil, nous reprenons la route.

Sur le chemin du retour, je suis victime de ma première chute ! La piste menant de la mine à la route se montre très étroite sur une petite portion. Obligé de m'arrêter devant un « embouteillage » de motos, je me retrouve entre deux ornières profondes. Mes pieds ne pouvant toucher le sol, c'est à l'arrêt que je perds l'équilibre et bascule. La moto se couche allègrement sur moi. Elle fait son poids la bougresse... Et ma jambe est en dessous. Kunta, paniqué, m'aide de suite. Je parviens à me dégager, plus de peur que de mal... Je m'en tire avec le sélecteur de vitesses tordu mais vite redressé et l’un des miroirs de rétroviseur en miettes. Quant à moi, j’ai une belle éraflure sur le mollet mais rien de trop grave. Nous reprenons la route, je suis légèrement crispé. Soirée tranquille, j’ai la tête remplie d’images...

13 décembre 2012. Réveil avant le lever de soleil. Au programme de la matinée : les Tatas Sombas, habitat typique du nord du Bénin. J’ai décidé de partir tôt car il y a pas mal de kilomètres à effectuer. Le trajet se passe sans encombre et j’arrive au petit matin. Le village se réveille. Les Tatas Sombas sont faites de latérite, terre d’un superbe ocre rouge. L’architecture des différentes pièces cylindriques de la maison, qui toutes se jouxtent, fait qu’elles s’apparentent à un château miniature... L’aspect ne fait pas qu’illusion car ainsi soudées elles formant une véritable forteresse, qui servaient effectivement de rempart de protection au temps où les tribus du Bénin guerroyaient entre elles. En cas d’attaque, les habitants mais aussi les animaux, la récolte, tout ce qui avait de la valeur, étaient mis à l’abri.

Je passe ma journée de village en village à rencontrer les habitants. C’est à l’hôtel Tata que je passe la nuit... L’hôtel Tata est, comme on peut le deviner, une Tata Somba aménagée et destinée à recevoir les quelques touristes de passage.

Après une nuit de repos, retour vers Natti à l’hôtel Bellevue. Je passe la journée sur la terrasse, à l’ombre. Je bouquine et réfléchis quant à la suite de mon voyage.

Direction Kandi

15 décembre 2012. C’est avec bonheur que j’enfourche mon fidèle destrier pour une longue route : trois cents kilomètres à parcourir pour atteindre Kandi, ma prochaine étape, via Banikoara. Je m’attends à de la piste mais sur une courte distance. Celle-ci s’avère en réalité correspondre à deux cents kilomètres. Deux cents kilomètres sur du sable ! Sanya est aussi peu à l’aise que moi. La peur de la chute est permanente. J’ai l’impression de faire le Paris Dakar, sans assistance…

Le manque d’eau se fait vite sentir. Je n’ai pas été assez prévoyant. Il ne me faut pas moins de dix heures pour sortir de cet enfer. Incontestablement, mon plus mauvais souvenir… Le paradoxe est que je me retrouve, une fois la piste quittée, sur une route parfaitement droite recouverte d’un bitume flambant neuf. Un vrai tapis de billard ! Ici, il suffit de parcourir quelques mètres pour que tout change. Je croise d’innombrables véhicules me demandant où ils peuvent bien se rendre vu ce que je viens de traverser... J’aperçois un vendeur de pastèque au bord de la route. Je m’arrête, assoiffé et affamé. Les pastèques, plutôt petites, de la taille d’un melon charentais, tombent à point nommé. En quelques minutes, j’en dévore quatre. Le vendeur me regarde… éberlué.

J’arrive à Kandi de nuit. Jusqu’à ce jour, j’ai toujours évité de rouler de nuit par prudence. Le Bénin n’est vraiment pas un pays dangereux mais le géant voisin, le Nigeria, n’a pas très bonne réputation. Je reste sur mes gardes, méfiant. À peine arrivé à l’hôtel, je m’écroule sur le lit, encore une fois ivre de fatigue... Kandi n’est qu’une étape dortoir, je suis incapable de faire du tourisme, qui plus est nocturne !

Au matin, réveil de bonne heure… pour changer ! Je me rends à Malanville, ville frontière avec le Niger. Je n’y reste que peu de temps. Cette ville frontalière ne présente que peu d’intérêt. J’y rencontre toutefois des touaregs venus d’Agadez, ville du nord du Niger. Je leur achète quelques magnifiques bijoux. Noël…

Juliette à Parakou

Je passe une seconde nuit à Kandi et je reprends la route direction Parakou. Je suis quelque peu pressé d’y arriver, afin d'y retrouver Juliette, une amie rencontrée lors d’un précédent voyage. Elle vient du Niger. Nous avons prévu de faire un petit bout de chemin ensemble. Sa présence au cours de mon voyage en solitaire est la bienvenue car cela fait maintenant plus de deux semaines que je suis sur la route. Parakou est une ville agréable. On se balade... Nous découvrons une pizzeria, à nouveau, Ô joie !

C'est également à Parakou que je retrouve Charles. Charles travaillait dans un hôtel à Ganvié, village lacustre proche de Cotonou. Nous avions bien sympathisé et sommes toujours restés en contact. Nous buvons une bière, heureux de pouvoir échanger depuis deux ans que nous ne nous sommes pas vus.

Cette région de Parakou, à l’ouest du pays, souffre. Les récents évènements au Nigeria ont fait fuir les touristes vers l’est. Ceux, provenants du Niger, au vue de la situation dans ce pays, ne sont plus là. Les hôtels, qui par le passé ont tous connu leurs heures de gloire, sont aujourd’hui désertés. L’hôtel, où nous nous sommes installés, date des années 70. Il est quelque peu défraichi, la déco est d’un kitch assez phénoménal. Les photos placardées aux murs témoignent d’un passé où de grandes tablées de voyageurs faisaient le bonheur des propriétaires. Mais ça, c’était avant... Juliette et moi sommes les deux seuls clients de l’hôtel ! Nous n’avons que l’embarras du choix pour nos chambres. Tant mieux car seules les deux notre disposent d’eau chaude.

Abomey, pour dernière étape...

18 décembre 2012. Je reprends la route, direction Abomey, le trajet se passe bien. A Dassa, je retrouve une route déjà empruntée à l’aller : mêmes nids de poules, mêmes camions... et mêmes vendeurs de pastèques qui, par ailleurs, me reconnaissent. Il est vrai que l’on me remarque. Les « yovos » qui se baladent à moto avec un tel barda ne courent pas les pistes ! Lors d’un arrêt, c’est avec plaisir que je déguste une pastèque généreusement offerte par un vendeur. On discute... Le propos tourne autour de mon voyage.

La plupart des Béninois ne quittent jamais leur région natale. Ils sont curieux du mode de vie de leurs compatriotes et sont stupéfaits d’apprendre que les habitants du nord, malgré le fait d’habiter dans des Tatas Sombas, disposent eux aussi de téléphones portables ! Je ne m’attarde pas trop... J'arrive à Abomey de bonne heure dans l'après- midi. Je préviens Arolando. Il me ramène les quelques achats effectués à l’aller, parfaitement emballés comme prévu !

C’est de nuit que nous nous rendons à son atelier. Arolando est particulièrement en forme. Il se met à peindre devant moi, histoire de me faire une démonstration de son talent. Avant de rentrer, il m'emmène boire un dernier verre, de Sodabi, bien sûr...

Tout a une fin

19 décembre 2012. A nouveau beaucoup de kilomètres... Ils me semblent de plus en plus longs. Je suis dans un état de fatigue extrême. Mon fessier n’en peut plus et j’avoue avoir très envie de confort : douche chaude, climatisation. Je suis en overdose de moto... C’est à quelques kilomètres de Porto Novo que je décide de stopper mon voyage. Je passe un coup de fil à Amaury, un ami Français installé avec sa famille à Cotonou. Il peut m’héberger malgré le fait que j’arrive chez lui deux jours avant la date prévue... Ma tête, mon corps, tout décroche, il faut que le voyage se termine. J’arrive épuisé chez Amaury après un nouveau long périple où la circulation s’est montrée particulièrement dense. Je suis heureux de retrouver cette famille si accueillante. Nous passons la soirée à parler de mon voyage. Ils se montrent intéressés par les mines d’or de Koatema. Prochainement en vacances, ils projettent de se rendre dans le nord du pays et sont preneurs de visites insolites. Je leur donne tous mes contacts.

Je passe trois jours chez eux, ce ne sera pas de trop pour acheter les derniers cadeaux de Noel̈ et pour redonner un peu d’éclat à la moto avant de la revendre !

Je prépare mes affaires. L’emballage des peintures d’Arolando est très bien fait mais je prends des précautions supplémentaires pour le voyage dans les soutes de l’avion. Je fais fabriquer une caisse sur mesure chez le menuisier « du coin ». Coût de l’opération : 9 euros !

Je passe voir Aurélien afin de le saluer avant mon départ. Je le remercie vivement pour tous les bons conseils qu’il m’a donnés. Ils ont été précieux en de nombreuses circonstances...

Décompressant au fil des heures, je prends conscience que ce voyage a été une véritable thérapie. Les longues heures à voyager seul, à avaler des centaines de kilomètres m’ont permis de me retrouver. Cela m’a fait le plus grand bien après une fin d’année peu réjouissante sur le plan personnel.

Je reprends l’avion, heureux, avec toutefois un brin de nostalgie, la tête pleine de toutes ces rencontres et de tous ces paysages. Je rentre chez moi. Je vais retrouver les miens pour les fêtes.

À Théo, Arolando, Kunta, Myriam, Roger et Charles, encore aujourd’hui si présents...

Catégories: Bénin, Carnet de voyages

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