
Ganvié
Sur le lac Nokoué, à une trentaine de kilomètres de Cotonou au Bénin, se dresse la Venise de l'Afrique : Ganvié, village lacustre entièrement construit sur pilotis au XVIIIe siècle par les habitants de la région échappant à l'esclavage. Aujourd'hui, on y compte 30 000 habitants qui y vivent essentiellement de la pêche.
Le quotidien, c'est en pirogue qu'il se déroule. L'eau est le ciment de la cité et la pirogue, un luxe indispensable si on ne veut pas se déplacer en pirogue-stop. Dès l'aube, le village s'anime avec le départ des hommes pour la pêche ou le ramassage de sable. Puis ce sont les enfants qui partent pour l'école en pirogue scolaire tandis que les femmes prennent en charge le marché flottant, l'approvisionnement en eau potable et les tâches domestiques.
Chacun trouvera au village tous les services nécessaires : mairie, « PTT », écoles... Un mécanicien est toujours disponible pour les moteurs hors bord fatigués des pirogues. L'église est la destination la plus prisée par les embarcations flottantes. Chaque dimanche, la messe gaie et fédératrice est le prélude idéal d'un bon repas de famille constitué de poisson ou poulet bicyclette et de riz.
Le village est cependant menacé par l'exode rural de la nouvelle génération, lassée par une économie articulée autour des pirogues, par le peu d'avenir professionnel envisageable et attirée par les richesses et le confort de la terre ferme. Aussi précaire que les pilotis qui soutiennent ses habitations, l'avenir de Ganvié est également mis en péril par la montée des eaux du au réchauffement climatique et la pollution (les ordures sont déversées dans le lac). De plus, le réchauffement des eaux influence de manière significative le métabolisme, le taux de croissance, la reproduction saisonnière et la susceptibilité des poissons aux toxines. Ceci induit la migration des poissons et constitue donc une menace de pénurie alimentaire et économique pour la population.
Tandis que ses enfants portent sur leurs frêles épaules l'avenir du village, la vie reprend son cours chaque jour, rythmée par la circulation des pirogues. C'est une vie dénuée de superflu qui se déroule au pied des habitations sur pilotis. Un équilibre inédit s'offre à nous, se découvrant d'une toute autre façon selon que l'on ait les pieds sur terre ou sur mer... Observer Ganvié, c'est ouvrir sa vision à un monde navigant à la fois entre moiteur, chaleur, couleurs et vie.
Texte : Isabelle SCHMIDT et Julien GERARD
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Soumbédioune
Pour saisir l'âme de la cité dakarienne qui consomme 43 kg de poisson par an et par habitant, rien de tel qu'une escapade en ce point névralgique qu'est la plage de Soumbedioune. Sur ce marché aux poissons se joue également une pièce ininterrompue faite d'allers-retours de pêcheurs, de négociations tarifaires et de promenades de badauds.
Autour du poisson
Il est 18h. Alors que les femmes s'accaparent les bacs de poissons pour les revendre à la criée ou les griller sur place, Moudou Dieye, termine sa journée et hisse sa pirogue sur la plage. A côté de lui, les enfants jouent dans l'eau souillée par la pêche et les déchets rejetés par le canal. Comme chaque jour depuis ses 15 ans, Moudou a passé sa journée à pêcher au large de Dakar, avant de passer le relais aux pêcheurs nocturnes. Ses deux seules journées de congés annuels sont la Korité (Aïd el Fitr) et la Tabaski (Aïd el Kebir).
"Les poissons que nous pêchons sont principalement vendus en Europe" nous explique-t'il, "environ 5 000 francs CFA (7,50 euros) pour le kilo de thiof (mérou). Sur la vente de poissons, nous reversons 25 000 francs CFA (37,50 euros) par jour au propriétaire de la pirogue pour la location et l'essence". Ainsi, Moudou peut espérer gagner entre 5000 et 10 000 francs CFA les bons jours. Parfois, il ne gagne rien car la pêche n'est pas bonne.
Une économie menacée
A 40 ans, Moudou a bien du recul sur l'activité de la pêche au Sénégal. Il constate une baisse significative des prises en 10 ans. Issu d'une famille et d'une ethnie de pêcheurs, les Lébous (répartis entre Le Cap et St Louis), il doit naviguer de plus en plus loin pour trouver du poisson.
Fuyant la pollution côtière, les poissons vont de préférence vers le large. C'est justement là que les gros chalutiers et bateaux usines s'activent à vider l'océan ; ce qui rend le travail des Lébous de plus en plus difficile.
Ainsi, Moudou et son frère Elhadj, également pêcheur, ont du s'éloigner de 17 km des côtes aujourd'hui. Pour ne pas se perdre, ils ont toujours leur petit GPS. Quant aux gilets de sauvetage obligatoires, ils les ont perdus...
Ils aimeraient changer de métier et s'orienter vers le commerce qui a les faveurs de la nouvelle génération. "Mes enfants vont à l'école et ne veulent pas devenir pêcheurs comme moi. Ils trouvent ce métier trop dur et mal payé" confie Moudou.
Elhadj, trentenaire avec 17 ans de pêche à son actif, a laissé son épouse à Thies et rentre chez lui un jour toutes les deux semaines. "C'est dur, mais il n'y a pas le choix". Il nous raconte ses rêves d'Europe et ses deux tentatives pour rejoindre les Iles Canaries en bateau. "La première fois, j'ai été arrêté par les gardes-côtes espagnols. La deuxième fois, à peine arrivé au Maroc, le bateau a eu un problème et ils ont du faire demi-tour. Jamais je n'ai récupéré les 400 000 francs CFA du voyage (600 euros)".
Plusieurs de ses amis sont partis et ne sont jamais revenus. Il suppose qu'ils ont réussi...
Texte : Isabelle SCHMIDT et Julien GERARD
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