David Rouge : capturer l’Arctique, une aventure fragile

David Rouge : capturer l’Arctique, une aventure fragile

Avez-vous déjà imaginé l'impact émotionnel d'un livre photo ? Bienvenue dans un nouvel épisode de Parlons Livre Photo, le podcast qui donne la parole aux photographes pour plonger dans l'univers de leurs ouvrages. Aujourd'hui, nous avons l'honneur d'accueillir un artiste dont la quête de l'instant parfait l'a mené aux confins des terres enneigées. Notre invité du jour est David Rouge, un photographe voyageur suisse qui a débuté son périple photographique en Australie à l'âge de 17 ans. Depuis, il a parcouru le monde, capturant des images qui racontent des histoires de nature, de peuples autochtones et de faune sauvage. Sa passion pour l'aventure et son désir d'immortaliser la beauté fragile de notre planète se reflètent dans chaque cliché. Dans cet épisode, nous explorons le thème de la fragilité à travers l'objectif de David. Son livre, intitulé "Fragile", est une ode à la nature sauvage et un témoignage poignant de la vulnérabilité de notre environnement. David partage ses expériences d'expéditions solitaires dans l'Arctique, ses rencontres avec des animaux emblématiques comme le renard arctique et le bœuf musqué, et sa quête d'une rencontre avec l'ours polaire. Son récit est un voyage visuel et émotionnel qui nous rappelle l'importance de préserver la beauté naturelle de notre monde pour les générations futures.

Plongez au cœur de l’Arctique à travers l’objectif d’un photographe voyageur

Bonjour à tous les passionnés de photographie et d’aventures ! Aujourd’hui, je vous invite à découvrir un épisode exceptionnel de notre podcast « Parlons Livre Photo » qui vous emmènera dans les contrées lointaines et sauvages de l’Arctique. Notre invité, David Rouge, photographe voyageur et amoureux de la nature, partage avec nous son expérience et sa vision unique du monde animalier.

Un voyage photographique aux confins du monde

Dans cet épisode, David nous raconte comment il a commencé son périple photographique et ce qui l’a poussé à se lancer dans la création de son livre « Fragile ». Avec une sincérité touchante, il dévoile les coulisses de ses expéditions, les défis rencontrés et les moments d’émotion pure face à la beauté de la faune arctique.

L’art de capturer l’instant

David Rouge nous explique également sa démarche artistique, comment il parvient à capturer des images qui résonnent avec nos émotions et nous font prendre conscience de la vulnérabilité de notre environnement. Il insiste sur l’importance de la patience, de l’humilité et du respect de la nature dans la pratique de la photographie animalière.

Un livre photo pour témoigner

« Fragile » n’est pas seulement un recueil d’images époustouflantes, c’est un message d’amour et de préservation de la nature. Chaque page est une invitation à réfléchir sur notre rapport au monde sauvage et sur les traces que nous laissons derrière nous.

Pourquoi écouter cet épisode ?

Pour s’inspirer : Découvrez comment David Rouge transforme ses expériences de voyage en œuvres d’art photographiques.

Pour apprendre : Comprenez les techniques et les défis de la photographie en milieu extrême.

Pour s’évader : Laissez-vous transporter par les récits d’aventures et les rencontres inoubliables avec la faune arctique.

Un podcast pour tous les curieux de nature

Que vous soyez un photographe en herbe, un aventurier dans l’âme ou simplement un rêveur épris de grands espaces, cet épisode est pour vous. Il ne s’agit pas seulement de photographie, mais d’une véritable quête de sens et de beauté.

Où trouver le livre « Fragile » ?

Si vous êtes captivé par l’histoire de David et que vous désirez voir le monde à travers ses yeux, son livre « Fragile » est disponible sur son site officiel ainsi que dans les librairies en Suisse et en France. En le commandant directement auprès de l’auteur, vous le soutiendrez dans son travail et dans sa mission de sensibilisation.

Abonnez-vous et ne manquez aucun épisode

Pour ne rien manquer de nos prochains épisodes et continuer à explorer l’univers fascinant de la photographie, abonnez-vous à notre podcast « Parlons Livre Photo ». Partagez votre passion, échangez avec une communauté d’auditeurs engagés et enrichissez votre regard sur le monde. Nous vous attendons nombreux pour cette aventure sonore. Préparez-vous à être ému, surpris et peut-être même transformé. À bientôt pour de nouvelles découvertes sur « Parlons Livre Photo » !

Liens de l’épisode

Les photos sélectionnées par David

Svalbard
Photo de la couverture du livre « Fragile »
Photo de la page 36
Photo de la page 42
Boeuf musqué
Photo de la page 53
Svalbard
Photo de la page 88
Photo de la Page 111
Teaser du livre « Fragile » de David Rouge

Retranscription de l’interview

0:1:13 Julien GERARD – Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Parlons Livres Photos. La semaine dernière nous étions, le mois dernier pardon, nous étions à Nîmes avec Valentina Benigni qui nous parlait de Luz Flamenca, son beau livre sur la photo de danse flamenco. Aujourd’hui c’est un tout autre registre. Je suis en Suisse à côté du lac Léman à deux pas de Lausanne avec David Rouge. Bonjour David.

0:1:41 David Rouge – Bonjour à tous.

0:1:42 Julien GERARD – Alors je t’ai fait écouter tout à l’heure en avant-première la maquette du nouveau générique. Il y a une question à la fin, tu l’as retenue, tu t’en rappelles ? C’était quel est le titre de ton livre ?

0:1:56 David Rouge – C’est ça. Alors le titre de mon livre c’est Fragile.

0:1:59 Julien GERARD – Super, on va y revenir tout à l’heure, on va en parler longuement parce que je crois qu’il y a pas mal de choses à dire mais avant on a encore d’autres chapitres à explorer avant le chapitre livre. Qui es-tu David ?

0:2:13 David Rouge – Alors écoute Julien, moi je me présente un petit peu de la manière suivante, je suis un Allez, on va dire photographe-voyageur. Je ne sais pas si je suis plus voyageur que photographe. En tous les cas, j’ai commencé les deux aventures en même temps, au même moment, lors d’un périple en Australie lorsque j’avais 17 ans. Je suis parti avec mon grand frère qui avait 7 ans de plus. Et c’est vrai que là j’ai découvert le monde. J’ai découvert le monde, la nature, les paysages, les peuples autochtones et la photographie. Donc dans l’avion qui nous emmenait sur l’Australie, il m’a dit écoute moi j’ai un appareil photo, une vidéo, je pourrais pas faire les deux. Je te propose de faire de la photo si t’es d’accord. Du coup voilà, tout a commencé.

0:2:59 Julien GERARD – T’as quel âge à ce moment là ?

0:3:1 David Rouge – 17 ans, je sortais de l’école d’une scolarité un petit peu difficile.

0:3:5 Julien GERARD – On est nombreux, nous les photographes, à avoir une scolarité difficile, je crois. Est-ce que c’est un métier de cancre, du coup ?

0:3:12 David Rouge – Non, je ne pense pas bien au contraire, mais non, c’est complètement fou. C’est vrai que je pense que voilà, un petit peu hyperactif, un petit peu besoin de découvrir le monde, de m’évader, de faire un peu le fou, l’aventure. T’imagines, l’aventure, c’est un truc de fou, quoi.

0:3:29 Julien GERARD – Et donc tu pars avec ton frère, tu fais des photos et après comment ça s’enchaîne ?

0:3:34 David Rouge – Ecoute c’est ça, donc je fais quatre mois là-bas, je rentre de ce voyage avec mon frangin et je dis à mes parents écoutez je veux faire photographe.

0:3:44 Julien GERARD – Et là ils prennent peur ?

0:3:45 David Rouge – Autant dire que c’est pas un métier, franchement, etc. Non, pas à ce point. Mais mes parents avaient un ami photographe qui faisait du studio et de l’architecture. Du coup, j’ai fait un stage chez lui. C’était super intéressant. C’est là où j’ai fait mes premières petites épreuves de tirage à l’agrandisseur, n’est-ce pas ? Avec les révélateurs, etc. C’était très intéressant. Malheureusement, cette personne ne prenait pas d’apprentis masculins. à cause de l’armée en Suisse. Tu sais qu’on a des moments où on n’est pas présent à cause de l’armée. Du coup, ils ne prenaient pas d’hommes. J’ai fait un stage au CHUV, au centre hospitalier universitaire vaudois, en tant que photographe. Autant te dire que lorsque je suis rentré dans la salle d’opération, je suis ressorti direct. Un petit peu trop sensible, le garçon. Donc voilà, ça s’est un petit peu enchaîné comme ça, quelques stages, avec d’autres stages dans d’autres métiers plutôt manuels. Puis au fait, je ne sais pas pourquoi, je ne me souviens pas à l’époque, mais c’est vrai qu’on a une école de photographie ici à Vevey, à Deux Pas Deux, où on se trouve actuellement, et on n’a pas pensé à ça. En même temps, je ne suis pas très scolaire, donc je pense que les études auraient été peut-être un peu compliquées pour moi, mais toujours est-il que je ne me suis pas du tout orienté dans ce métier.

0:5:0 Julien GERARD – Tu faisais quoi alors ? Tu t’orientais vers quoi ?

0:5:2 David Rouge – Écoute, mon papa est architecte, mon frère ayant fait dessinateur en bâtiment. Je suis parti dans cette voie parce que c’est figure-toi mon père qui m’a trouvé la place d’apprentissage. Donc du coup, voilà un autre monde qui ne m’a pas du tout convenu. J’ai fait mes quatre ans d’études, j’ai eu mon diplôme. On ne sait toujours pas comment, mais je l’ai eu. Et c’est vrai qu’un an après, j’ai arrêté le métier. Après, je suis parti dans un autre métier. J’ai fait une petite parenthèse dans le sport de haut niveau en compétition de moto sur circuit. pendant quatre années. Dès que j’ai fini ça, j’ai repris la photo directe et les voyages aussi.

0:5:40 Julien GERARD – Tu nous parles un petit peu de cette période, tu reprends la photo, tu fais quoi ? C’est quand même pas facile quand on est jeune, on sort d’études, on a fait des métiers et on se dit tiens, je vais faire de la photo, mais c’est vaste la photo.

0:5:51 David Rouge – C’est très vaste. Écoute, franchement, moi, j’ai toujours été amoureux des belles images et des voyages en Afrique. Merci Nicolas Hulot de nous avoir embarqué avec lui dans toutes ses péripéties. Voilà, donc c’était des animaux, de la nature morte, des paysages. Quand j’étais un peu adolescent, Mais vraiment toujours en passion, tu sais, en étant vraiment juste passionné. Et puis vraiment, je faisais plus de photographies en voyage. C’était vraiment le dépaysement du voyage qui m’inspirait, qui me motivait, qui me stimulait dans la prise de vue.

0:6:25 Julien GERARD – Alors je sais que tu as fait pas mal d’expéditions, pas mal de voyages. Quand on va sur ton site, on en trouve pas mal. d’extraits, tu nous racontes un peu ces explorations, ces aventures, parce que c’est vraiment des aventures, tu as traversé l’Afrique, tu traverses l’Arctique pour ton livre, ça on va en reparler. Parle-nous un peu de ces voyages, il y a un passage aussi sur ton site où tu parles des pygmées, que sans eux c’est impossible de survivre pour toi dans la jungle.

0:6:53 David Rouge – C’est ça, alors c’est vrai que… bon je sais pas, t’as combien de temps à disposition parce que là on en a pour un petit moment.

0:6:58 Julien GERARD – Comme je te disais tout à l’heure avant qu’on commence, il y a 35 heures de dispo sur la carte mémoire donc…

0:7:3 David Rouge – On devrait y arriver, c’est parfait. Non alors écoute c’est vrai, mon histoire c’est un enchaînement de voyages et d’expériences. Donc c’est vrai que c’est quatre mois en Australie en 1990 pour vous les français. C’était un gros, gros déclic. C’était vraiment un tournant dans ma vie. On peut le dire. C’était le tournant de ma vie. J’ai essayé dans le sport. J’ai réussi quand même assez bien, mais pas vraiment suffisamment. Toujours est-il que vraiment ce déclic à 17 ans de cette rencontre avec la nature et la photographie est vraiment un tournant dans ma vie. Et encore aujourd’hui, à mon âge, je suis toujours dans ce schéma. J’ai fait ces quatre mois en Australie, ensuite de quoi j’ai fait mon apprentissage, j’ai fait ma compétition. Et puis après, je me suis retrouvé à repartir en Australie pendant douze mois cette fois, toujours avec mon frère. C’est vrai qu’on a des liens très forts et on a vraiment exploré ce continent. Et c’est là où j’ai commencé à faire un petit peu la petite aventure facile. Tu sais, on avait quand même un véhicule, on avait chacun un 4×4 pour se déplacer. Et puis là, c’est vrai que moi, je suis un petit peu téméraire, un peu plus que lui. Donc, du coup, on a fait un petit peu des chemins différents parfois dans ces périples. Moi, j’ai eu l’occasion de traverser le Simpson Desert. C’était une belle révélation. On est allé aussi à Cape Cross, tout au nord, à Cape York. Et c’était vraiment très intéressant. Et puis, à ce retour d’une année d’Australie, j’ai fait une première expo photo dans une galerie dans la région lasanoise qui a très bien marché, qui était sur les peuples aborigènes. J’ai été extrêmement touché par cette population, par leur histoire, par leur manière de vivre qui m’a beaucoup impressionné. Et ça a aussi été un déclencheur pour cette attirance pour les peuples autochtones qui vivaient en harmonie vraiment avec la nature. Ça c’était en 2001. Ensuite de quoi je suis parti en 2004 au Cameroun faire du bénévolat pour le WWF. Et là, c’est là où j’ai rencontré les premiers pygmées. C’est là où je suis parti pour la première fois en forêt tropicale, avec les serpents, les éléphants de forêt. C’était complètement incroyable. Et puis, je m’étais toujours dit, même lorsque j’étais en Australie, je m’étais toujours dit que moi, il faut absolument que j’aille vivre une expérience africaine. L’Afrique, c’est vraiment mon continent, celui qui m’attire le plus.

0:9:38 Julien GERARD – À ce moment-là, tu n’étais encore jamais allé.

0:9:40 David Rouge – Oui, j’avais fait des petites escapades très courtes. J’avais fait un reportage photo en Tunisie, au Maroc, mais d’une semaine, rien à voir avec une immersion totale. Là, en 2006, je suis vraiment parti en immersion. J’ai abandonné tout ce qui me retenait ici en Suisse, mon travail, ma maison où je louais, mon appartement. Je me suis débarrassé d’un maximum de biens matériels et j’ai pris mon véhicule et je suis parti sans date de retour. Et ça, c’est un sentiment vraiment très, très fort, très marquant, très impressionnant. Ce n’est pas tous les jours que tu pars. Je crois que t’en sais un petit peu quelque chose, mais ce n’est pas tous les jours que tu fais ça. Et ça, c’est de la folie. Le problème qu’on a, nous, les passionnés de voyage, d’aventure, c’est que Voilà, on veut toujours aller plus loin, plus longtemps. Et là, du coup, après ces douze mois d’Australie, je me suis dit, je vais faire le tour du monde. Ce n’est pas possible. Donc, je suis parti sans date de retour en 2006. Et puis, vraiment avec l’idée de faire l’Afrique, l’Australie et l’Amérique du Sud. J’avais un budget pour à peu près trois ans. Je m’étais fixé un budget de 800 euros par mois. Et puis, je devais faire avec. J’avais travaillé dur pour ça. Et puis, c’était mon objectif. Sauf que la vie et puis l’aventure et puis les voyages, ce n’est pas toujours comme tu le souhaites. Toujours est-il que j’ai vraiment voyagé très lentement au rythme d’un cycliste. Pour la petite anecdote, lorsque je suis parti en Afrique, le premier mois, je rencontre au Maroc un cycliste suisse allemand qui, lui, traversait l’Afrique en vélo jusqu’en Afrique du Sud. Ce con, il allait plus vite que moi. Autant dire que j’allais vraiment lentement, j’utilisais chaque fois le maximum de la durée du visa pour chaque pays. Et puis, après 18 mois, je n’avais même pas fait la moitié du continent. C’est vrai qu’après, j’ai un petit peu revu mes plans. Mais ce qui est génial, c’est que je me suis complètement laissé aller à la découverte, aux rencontres. Et puis, c’est une expérience incroyable.

0:11:50 Julien GERARD – Tu es un passionné de peuple, c’est ce que tu me disais tout à l’heure.

0:11:55 David Rouge – C’est vrai, c’est vrai que des fois je me contredit un petit peu d’un côté, je m’amuse à dire que je n’aime pas les gens.

0:12:4 Julien GERARD – Ah non, là tu me voles une question que j’avais pour tout à l’heure.

0:12:6 David Rouge – C’est ça, désolé, je ne savais pas. Non, c’est vrai, mais en même temps, d’un autre côté, les gens, c’est du partage. Voilà, on est humain, on doit partager, on vit avec l’autre, on partage cette planète avec l’autre. Et franchement, franchement, ça me met beaucoup, beaucoup d’émotions. J’en ai d’ailleurs la chair de poule rien que d’en parler, de partager des moments intimes avec ces populations locales. Et souvent, c’est des populations qui ont moins… J’aime pas trop parler comme ça, mais qui ont un petit peu moins de choses que nous, disons, on va dire. C’est un autre monde, on vit sur une autre planète. C’est impressionnant. C’est vrai que voilà, ces contacts sont très forts, sont très importants à mes yeux. Et ils m’ont appris beaucoup de choses et ils m’ont fait devenir celui que je suis actuellement. C’est sûr que je relativise beaucoup de choses par rapport à notre mode de vie. Voilà, j’ai une vie un petit peu plus simple peut-être que si j’avais pas voyagé comme je l’ai fait. Non, vraiment l’époque c’est très très fort.

0:13:4 Julien GERARD – La découverte avec le Nord, ça se passe comment ?

0:13:6 David Rouge – Ah ça c’est intéressant parce que tu vas me dire mais attends on parle que d’Afrique, que du chaud, que du désert.

0:13:11 Julien GERARD – Ouais mais maintenant on va parler de froid et peut-être que tu nous en parleras tout à l’heure mais c’est en rapport avec ce dont on échangeait tout à l’heure avant d’enregistrer. Donc on va passer du chaud au froid directement.

0:13:23 David Rouge – C’est ça. Alors écoute, c’est un gros changement. C’est vrai que cet Arctique, il y a plusieurs années en arrière, je n’étais pas du tout ouvert à l’Arctique. J’étais Afrique, désert, chaud, population locale. Et puis c’est vrai que petit à petit, je m’ouvre. C’est vrai qu’aujourd’hui, on voit beaucoup d’images, beaucoup de contenus un petit peu partout. Et c’est vrai qu’on est des rêveurs. Moi, je suis un rêveur. Je rêve de tout, de tout ce qui est beau, de tout ce qui voyage, de tout ce qui nous donne cette espèce d’impression d’être sur une autre planète. Donc, tout d’un coup, je me retrouve à me dire, on pourrait peut-être aller un petit peu au nord où il fait un petit peu moins chaud. Et tout s’est fait vraiment en douceur. On est parti en famille pendant deux mois en Islande avec notre 4×4 aménagé. Et puis on a fait cette Islande. Et cette Islande, ben voilà, c’est vraiment un gros choc, un gros coup de cœur. L’Islande, je crois que tout le monde qui y va est dépaysé. Et puis ça a commencé par cette Islande. Ensuite de quoi ? Je me suis dit, je vais quand même aller un petit peu voir en Scandinavie, ce qu’il s’y passe, qu’est-ce qu’il y a comme animaux à voir. Ça a l’air d’être des grands espaces où tu peux être bien isolé du monde. Donc ça, ça m’intéressait beaucoup. J’ai décidé d’y aller en hiver parce qu’en hiver, l’avantage que j’ai, c’est qu’avec tout le matériel qu’on a besoin d’avoir en tant que photographe, mais aussi pour pouvoir bivouaquer, être autonome. ça représente 120 et 140 kilos de matériel, ça dépend combien de temps on part, mais c’est vrai que d’aller en hiver, ça te permet de te déplacer avec l’hippocrate, ces traîneaux que tu tires derrière toi. Et ça, c’était vraiment un truc, voilà, tu vois, Mike Horn, il en est sûrement pour quelque chose, c’est sûr, tu vois, cet aventurier de fou. Et ça s’est enchaîné comme ça, donc Finlande, Norvège, Suède, jusqu’à aller au Canada pour le Harfang des Neiges et puis après pour l’Ours Blanc au Svalbard, voilà.

0:15:23 Julien GERARD – Alors j’ai une question qui est très terre-à-terre, mais comment tu finances toutes ces expéditions ? Comment tu fonctionnes ?

0:15:29 David Rouge – C’est très simple, je travaille, je mets de l’argent de côté et j’y vais.

0:15:32 Julien GERARD – Et tes jobs du coup, c’est des jobs purement alimentaires ou c’est de la photo aussi ?

0:15:36 David Rouge – Alors j’ai eu, jusqu’à il y a deux ans en arrière, des jobs purement alimentaires qui m’ont permis de financer tous mes projets. Et puis, depuis deux ans, là, j’essaye de vivre de la photo, ce qui est un sacré challenge. Je crois que c’est le plus gros challenge de ma vie, bien plus compliqué que tous les autres que j’ai pu surmonter. Mais voilà, je fonctionne comme ça.

0:15:58 Julien GERARD – Tu m’as donné quelques contacts avant que l’on fasse cette interview pour recueillir des témoignages et je voudrais te faire écouter le témoignage de quelqu’un que tu connais bien je crois.

0:16:9 David Rouge – Avec plaisir.

0:16:10 – C – Qui est David Rouge ? Tout simplement un photographe hors pair et surtout un passionné. Un passionné parce que c’est vraiment ce qu’il respire et ce qu’il transpire. Il transpire la passion du monde sauvage et surtout la soif d’aventure. David Roux, je le connais. Enfant, je faisais des stages au vivarium à Lausanne, dans les pattes de Jean Garzoni, fondateur de ce vivarium. David s’est pointé un jour pour apprendre à manipuler une viper à cornes. Une nouvelle envie lui a pris d’aller découvrir le désert du Sahara. Il avait envie de savoir les manipuler pour mieux les photographier et les approcher. C’est comme ça que j’ai eu ma première rencontre avec David, il y a sans doute 20 ans. Je pense que le travail de David va représenter autant la finesse que l’émotion, et surtout, on va dire pas forcément la perfection, mais il va vraiment soigner ses cadrages, il va essayer d’avoir un maximum d’émotion dans ses images, et il va penser beaucoup ses images de manière à pouvoir essayer de… de faire voyager les gens à travers cette émotion. Pour moi, c’est quelqu’un qui est assez… Il m’inspire relativement pas mal, surtout avec ses flous, ses arrière-plans un peu estompés pour que le sujet ressorte. C’est assez inspirant. Et David, c’est vraiment un perfectionniste. Il va vraiment penser à chaque fois tous les détails d’un projet qu’il aurait en avant. Il va vraiment essayer de développer le tout. Et David, soit il ne fait rien.

0:18:5 Julien GERARD – Soit il fait tout.

0:18:6 – C – Mais quand c’est tout, c’est vraiment à fond et on y va. Donc c’est vraiment quelque chose qui est super motivant à chaque fois parce qu’il est toujours motivé à tout. Une des anecdotes les plus fortes qu’on a eues avec David, c’est lors d’un safari en Afrique ensemble. On est sur une petite piste, perdu au milieu du bush, avec une petite équipe en jeep ouverte, l’équipe d’African Geographic. Et puis on se balade, on est en safari, quand tout d’un coup, un gros mâle rhinocéros blanc a décidé de prendre en chasse notre véhicule. Et il nous a courus après, pendant, je pense, plus d’un kilomètre, à fond les balles. Et puis nous, on était à fond sur la piste pour éviter qu’il nous arrive dessus. On a la glacière qui a giclé, on a tout fait. Et c’était un moment qui était assez incroyable en émotion, et surtout de voir ce rhino nous courir après. Et je pense que c’est vraiment des aventures, il peut en avoir plein, il y en a plein, ça va jusqu’à la rencontre de la petite chouette chevêchette dans nos montagnes jurassiennes, où on peut voir la passion de David dans ses yeux quand il observe ces deux petites chouettes sur sa branche. Et vraiment, vraiment, il n’y a que des milliers de bons moments et tout, car c’est parler en deux passionnés, ça fait vraiment rêver à chaque fois et on a envie de repartir droit demain. Donc voilà. En tout cas, moi, je lui souhaite vraiment tout le meilleur pour le succès de son livre. Et puis, si tu as besoin d’autre chose, n’hésite pas. Allez, bonne journée.

0:19:36 Julien GERARD – C’est qui ? C’est Julien.

0:19:40 David Rouge – Pas moi. C’est génial. C’est super touchant. Franchement, ça m’a foutu la chire de poule. C’est le but en fait de cette témoignage. Moi qui adore les émotions, là, je t’ai servi. C’était vraiment super. Écoute, Julien, c’est un taré. C’est vraiment… Moi, je ne lui arrive même pas à la cheville. Franchement, lui, moi je suis passionné, mais lui, c’est plus que de la passion. C’est beaucoup plus fort. Je ne connais même pas un adjectif pour pouvoir le décrire, Julien. Effectivement, quand je suis parti en Australie la deuxième fois, je me suis dit, mais putain, frangin, tu ne veux pas qu’on parte en Afrique ? Moi, j’en ai marre d’en Australie. Il n’y a pas d’animaux là-bas. Et en fait, oui, il y a des reptiles, beaucoup de reptiles. Et du coup, je me suis dit, je vais aller faire un stage au Vivarium. Moi, j’habitais chez mes parents à côté. à même pas un kilomètre du vivarium. Je suis allé faire un stage et c’est comme ça que j’ai rencontré Julien. Le mec c’était un gamin, il était déjà passionné, donc du coup il a fait Herpeto. Il a vraiment cette passion pour les serpents et c’était génial parce que moi d’avoir fait ce stage là-bas ça m’a ça m’a appris sur ces espèces de serpents et puis je me suis passionné pour ces serpents. C’est incroyable de voir comment ils vivent. J’ai rencontré Julien comme ça et c’est vrai que lui en fait il est un peu foufou. Il travaille sur un projet sur le retour du loup dans le Jura. C’est un taré. La moitié de l’année, il est en train de guider des clients dans des safaris en Afrique du Sud et l’autre moitié de l’année, il est en train de pister le loup. Mais quand je te dis pister le loup, c’est pas genre j’y vais une ou deux fois par semaine. Le mec, il est tous les jours, tous les jours et tous les jours, du matin au soir. C’est de la folie. À pied, en peau de phoque, il dort sur place. Il a, je crois, 200 caméras qui sont posées dans les environs. Enfin, c’est un vrai taré. Et puis, c’est vrai que cette expérience en Afrique du Sud, on a eu la chance de faire un petit safari ensemble. D’ailleurs, je le remercie parce que c’est lui qui m’a invité là-bas. Et donc, oui, c’est vrai que cette histoire folle avec le rhinocéros, c’était vraiment impressionnant. Moi, j’avais déjà vécu des charges de rhinocéros qui n’avaient pas abouti, évidemment. Des intimidations. C’est mieux. C’est mieux. C’est vraiment mieux quand tu vois ce qui se fait sur les vidéos. Mais du coup, là, le rhino, il ne lâchait pas. C’était impressionnant. À un moment donné, le chauffeur, il n’avait pas le choix de garder de la vitesse et on a passé dans une espèce d’ornière et ça nous a vraiment fait tous décoller du siège. Et il y a une des filles qui était dans la voiture qui a failli gicler en dehors de la voiture. Et on s’est dit, mais s’il était tombé, là, le rhino, il l’a dégommé. Ce n’est pas possible. Le rhino, je peux dire qu’il avait vraiment la haine. C’est un rhino qui est réputé pour ne pas aimer les voitures, en fait. Et du coup, on a passé comme ça, juste à côté. Et puis, tout d’un coup, il charge. Franchement, aucune raison, quoi. Hallucinant. Donc ça, c’était vraiment fort. En émotion, c’était fort. Puis ça court vite, un rideau, je peux te dire. Puis longtemps. Donc voilà, c’est Julien.

0:22:48 Julien GERARD – Tu es perfectionniste ?

0:22:50 David Rouge – Un peu trop.

0:22:51 Julien GERARD – C’est quoi être perfectionniste ?

0:22:53 David Rouge – C’est trop chiant. Franchement, c’est insupportable. C’est pinailler pour tout, tout le temps, à tous les niveaux, à tout remettre en question. Là, quand je vois le projet du livre, je ne sais pas combien de fichiers j’ai remis à jour. Je recontrôle et recontrôle, être sûr que tout est bon. Ah, mais attends, si on réfléchissait à autre chose, est-ce que le discours est vraiment juste ? Franchement, là, je pense que je pourrais même le refaire, le livre. Franchement, je vois des…

0:23:18 Julien GERARD – Projet, on recommence.

0:23:20 David Rouge – Allez, c’est ça. Non, mais voilà, tu vois des imperfections. Écoute, voilà, moi, j’ai eu une éducation un petit peu comme ça où il fallait faire les choses bien. Et puis, d’un côté, je trouve que c’est vraiment positif d’être comme ça. Puis, d’un autre côté, voilà, ça te ronge un petit peu quand même. Des fois, t’aimerais un peu lâcher prise, tu vois.

0:23:36 Julien GERARD – Ouais, je connais.

0:23:36 David Rouge – Tu connais, t’es comme ça aussi. Ouais, c’est pas facile.

0:23:40 Julien GERARD – Il parle aussi de tes cadrages. Tu estompes les arrière-plans pour donner plus de force au sujet.

0:23:47 David Rouge – C’est ça, j’essaye vraiment de mettre en valeur le sujet. Alors ce n’est pas toujours facile, je n’ai pas toujours fonctionné comme ça non plus, mais c’est vrai qu’en Arctique c’est relativement facile de fonctionner comme ça parce qu’on vit beaucoup avec les intempéries, donc les tempêtes, la neige qui est soufflée. et ça c’est des ambiances que j’aime vivre personnellement parce que ça me permet de me replacer sur cette échelle de la planète. Je trouve qu’on n’est pas assez humble sur cette terre et quand tu vis les éléments comme ça c’est vraiment très fort et tu te sens très très petit et très fragile pour le coup. D’où le titre, ce n’est pas du livre. Mais ça c’est appris. Mais c’est vrai que voilà, minimaliser un petit peu les images, je trouve que c’est leur rendre une force supplémentaire.

0:24:36 Julien GERARD – Ce qui est intéressant des images que j’ai vues, c’est que tu minimalises l’arrière plan. Surtout, il y a beaucoup de photos, je pense au petit renard de la couverture sur fond blanc. Mais non, mais là, maintenant, c’est moi qui parle du livre. J’ai dit que c’était après. Pour autant, on voit que c’est des photos qui ont été prises en pleine nature et pas en studio. C’est ce qui est plutôt fort dans la démarche. Comment tu fais ?

0:25:0 David Rouge – Bon, pour moi, c’est une évidence de ne pas faire du studio. C’est sûr que de toute façon, je n’ai même pas les capacités. Mais écoute, moi, j’essaie de me fondre dans l’élément, de me fondre dans la nature. Voilà, je fais mon petit bonhomme de chemin. J’ai envie de vivre des émotions avec des rencontres animales. Et puis après voilà j’attends aussi le bon moment pour pouvoir faire les prises que je souhaite. J’ai pas que des photos avec du fond blanc, j’ai aussi des photos avec des ciels bleus, mais celles-là je les montre pas parce que je les déteste. Mais voilà moi j’ai réussi à m’adapter un petit peu à cet environnement un peu hostile. et voilà c’est quelque chose qui s’est fait naturellement j’ai pas de soucis avec ça et au contraire je crois que cette espèce d’adrénaline que j’ai besoin tu sais avant c’était dans le sport maintenant c’est un petit peu dans l’aventure un peu extrême voilà j’ai pas l’impression de faire quelque chose d’exceptionnel en même temps.

0:25:56 Julien GERARD – T’arrives à faire des photos si c’est pas des situations extrêmes ?

0:26:0 David Rouge – Oui, je crois. Oui, oui, bien sûr, tout à fait. Oui, oui. D’ailleurs, dans le livre, il y a plein d’images qui sont pas des situations forcément extrêmes. Mais oui, oui, c’est vrai que j’aime cette adrénaline, cette photographie. Finalement, c’est un monstre prétexte, tu vois.

0:26:15 Julien GERARD – Parce que quand on regarde un peu ce que tu fais, quand on regarde ton travail, quand on regarde tout ce qu’on peut trouver sur toi sur Internet, Certes, il y a le photographe David Rouge, mais il y a aussi l’aventurier David Rouge. Et qui de mieux pour parler de toi qu’un autre aventurier ? J’ai rencontré David Rouge il y a quelques années. Il m’avait contacté au sujet de l’équipement d’expédition. Il m’a expliqué ce qu’il voulait faire. Il voulait faire des photos de la faune, mais pas comme les autres. Il voulait le faire à la manière d’un explorateur. J’ai trouvé cela très intéressant. C’est ainsi que j’ai rencontré David. Je pense que c’est magnifique. Je l’ai vu il y a quelques jours et il m’a montré son livre, il est magnifique. Et tu sais, d’habitude quand tu vois des photographes animaliers, quand tu vois des documentaires à la télé, ils voyagent toujours avec de gros camions ou utilisent de grosses caméras pour prendre des photos. Et quand je vois comment David voyage pour faire ses photos de la faune, tirer un traîneau à ski, apporter sa propre nourriture et sa tente, je pense que c’est une excellente façon de faire et je suis très impressionné par son travail. Je n’ai pas vraiment d’anecdote car je n’ai jamais vraiment participé à une expédition avec lui. Mais quand il vient ici, quand nous nous rencontrons, il est toujours plein d’énergie et très motivé et cela m’impressionne également. J’aime son humour et sa motivation pour faire son travail.

0:27:57 David Rouge – Ah oui, elle est tout à fait folle.

0:28:3 Julien GERARD – Ouais j’ai réussi, c’était pas simple. D’où d’ailleurs la mauvaise qualité parce que j’ai réussi à l’avoir au téléphone pendant qu’il prépare une expédition, c’était compliqué mais on a réussi.

0:28:13 David Rouge – Oh c’est fou ça, ça me fout les larmes aux yeux quoi.

0:28:15 Julien GERARD – Qui nous traduit un petit peu pour nos amis français qui sont très mauvais en langue étrangère.

0:28:19 David Rouge – Thomas, ouais c’est Thomas. Thomas, je… J’aime pas du tout le comparer à un Micorn, mais en fait c’est un Micorn accessible et qui est beaucoup plus humble, j’ai vraiment l’impression. Thomas c’est un gars que j’ai rencontré grâce à internet, c’est complètement fou, donc je cherchais du matériel pour m’équiper pour mes expéditions, pour aller au Svalbard, au Grand Nord et tout. Et puis c’est vrai que dans mes connaissances, il n’y a pas dix mille personnes qui sont allées faire ce que j’avais envie de faire et surtout pas d’en ramener des images. Et je tombe sur ce gars qui habite Interlaken et puis je lui écris et puis je dis voilà j’aimerais vous acheter ça, ça, ça parce qu’il a tout un shop de matériel qui vont pour des expéditions vraiment dans le Nord. Et puis je me rends chez lui. Putain, j’arrive là-bas, le mec, il est aussi petit que moi et il est d’une sympathie. Tout de suite, je le prends dans mes bras. Ce mec, c’est un gars, c’est un truc de fou. C’est marrant parce que je suis allé chez lui il y a quoi, genre deux semaines ? Il m’a pas du tout dit qu’il avait interviewé. Il a bien caché son geste enfoiré. Lui c’est vraiment le gars avec qui je rêve de partir en expédition. Et là c’est marrant parce qu’il y a deux semaines on en parlait et là je suis en train de préparer une prochaine expédition au Svalbard pour cet hiver. Je me suis dit mais Thomas c’est pas possible on doit faire un truc ensemble c’est pas possible quoi. J’ai envie d’aller avec toi partout où tu vas. Et le mec, voilà, j’arriverai jamais à le suivre parce que c’est un athlète. Lui, c’est un athlète de haut niveau. Donc il a, je crois, 50… 57 ou quelque chose comme ça. Donc il a quelques années de plus que moi. Mais le mec, il est affûté. Il s’arrête jamais. C’est un taré. Il a traversé la Suisse dans la plus longue largeur sur une ligne droite. Enfin, non, mais je te dis, il a été je sais pas combien de fois au Pôle Nord. Là, il prépare une expédition en Antarctique. Il va faire deux mois en Antarctique, là, en décembre et janvier. Thomas, c’est Thomas, c’est une boule d’humilité avec un wagon infini d’expérience. Non, je dois aller vivre sur la banquise avec lui, c’est pas possible. Et c’est marrant parce que ça fait des années qu’il me dit qu’il veut aller faire une expérience au Svalbard comme trappeur. Et moi, je lui ai dit le jour où tu fais ça, mon gars, moi, je vais faire un reportage sur toi parce que là, ça va être la fouille. Le mec, il chasse, il se nourrit avec la nourriture qu’il chasse. Il a traversé le Groenland, je ne sais pas combien de fois. Il a tout fait. Tout, tout, tout. Il a tout fait. Il a tout fait. C’est vraiment très fort. Ça m’a beaucoup touché que tu aies pu… Le contacter parce qu’il ne parle pas français. Je me suis dit que ça allait être impossible. J’adore, je l’adore. Et là, je vais lui téléphoner, je vais lui dire que c’est un coquin et qu’il m’a bien eu. Thomas, il a trop de bonnes ondes et de bonnes énergies, ce gars.

0:31:13 Julien GERARD – Alors tu nous parles beaucoup de lui, mais le but de l’épisode, de ce podcast, c’est de parler de toi.

0:31:18 David Rouge – Oui, écoute, voilà, moi, je vais acheter du matériel et puis chaque fois que je monte chez lui, je ramène du matériel. Parce que voilà, lui, si tu veux, c’est un peu mon père spirituel pour ses expéditions. Il m’a donné beaucoup d’informations théoriques. Mes expéditions sur le terrain, je suis parti vraiment comme autodidacte. J’avais zéro expérience. La toute première fois que je suis parti en autonomie totale, c’était au nord de la Suède. grâce à Jean-Marc Périgaud, qui est aussi un guide polaire français très connu et qui a aussi fait des belles explorations. Lui, il a un autre style, une autre approche. Il m’a juste dit, tu feras attention parce que sur les lacs gelés, quand il y a une rivière un peu étroite, ça a tendance à ne pas te retenir la glace, donc tu ne marches pas n’importe où. Puis après, c’est un peu démerde-toi, vas-y, fonce et puis tu verras bien ce qui va t’arriver. Ça, c’était ma première expédition. Et puis, c’est vrai qu’avec Thomas, j’ai beaucoup échangé. notamment, mais aussi encore d’autres personnes, bien sûr. Et il m’a expliqué, voilà, il m’a donné deux, trois conseils, il m’a expliqué un petit peu ce qu’il fallait faire, pas faire, aussi par rapport aux ours. Lui, il a eu des ours, pas dans sa tente, mais je veux dire, à un mètre de lui. Donc, il a une monstre expérience des ours. Donc, il m’a beaucoup appris. Théoriquement, c’est vrai qu’après, quand je me retrouve sur le terrain, tout change parce que tu te retrouves tout seul comme un con, t’es vraiment tout petit et puis t’as un peu peur de tout finalement parce que la banquise t’as jamais marché dessus donc tu sais pas comment ça résiste. T’as pas d’expérience, tu connais pas l’épaisseur, tu connais pas les mouvements, tu connais pas si tu vas avancer ou reculer à cause des courants. Les ours t’as vu des trucs sur internet mais tu connais rien. Lorsque tu te retrouves sur le terrain c’est vraiment chaud.

0:33:9 Julien GERARD – J’espère qu’avec les témoignages et avec la première demi-heure d’interview, on voit le côté aventurier de ton histoire. Ce qui est très rigolo, c’est que je suis arrivé chez toi à midi et tu vis en Suisse dans une jolie maison en pierre avec ta famille, ta femme, tes deux enfants. Je n’ai pas vu d’animaux domestiques. Non, on n’en a pas. D’accord. Une pauvre mouche qui est passée par là tout à l’heure.

0:33:36 David Rouge – Oui.

0:33:38 Julien GERARD – Petite vie de famille, si on ne te connaît pas, on va dire bien rangée. Et à côté de ça, il y a David Rouge, l’aventurier. Comment tu allies les deux ?

0:33:48 David Rouge – Écoute, pour moi, c’est une vie tout à fait normale. J’ai envie de dire.

0:33:52 Julien GERARD – Pour toi, oui.

0:33:53 David Rouge – Oui, pour moi. C’est vrai que pour ma femme, c’est un petit peu autre chose. C’est vrai que voilà, depuis qu’on est ensemble, elle me connaît comme ça. On s’est mis ensemble, je rentrais de deux ans d’Afrique à vivre dans deux mètres carrés d’une voiture, enfin t’imagines. Donc non écoute, oui je pourrais m’identifier comme étant quelqu’un de sauvage. Je crois que j’ai vraiment les deux côtés, j’ai ce côté vraiment sauvage où j’ai besoin, j’aime et j’ai aucun souci à me retrouver seul face à moi-même ou avec moi-même finalement, plutôt maintenant, avec le temps et l’habitude, comme j’aime le contact humain des gens. Donc moi j’avais besoin de me retrouver dans une vie, dans un environnement de nature. J’ai vécu, j’ai grandi en ville, mes grands-parents étaient à la campagne, je rêvais depuis gamin de retourner en campagne, ça c’est sûr. On a réussi à trouver un très bel objet qu’on a rénové nous-mêmes. On est entouré d’animaux sauvages. On a tout. Tout ce qu’on a en Suisse, je crois qu’il est passé par là. Un soir de nuit, je rentrais en voiture, Lulu a croisé ma route. Un autre jour, le lynx a traversé dans le jardin. Je suis arrivé cinq minutes après. C’est ma femme qui m’a passé l’info. J’étais vénère.

0:35:4 Julien GERARD – Tu m’étonnes.

0:35:5 David Rouge – Tu m’étonnes. J’ai essayé de lui courir après. Autant dire que je ne l’ai jamais retrouvé. On a l’hermine, on a le blaireau, on a le renard qui noue l’eau.

0:35:13 Julien GERARD – Le blaireau, on en a aussi chez nous.

0:35:15 David Rouge – C’est vrai ? Des blaireaux ou le blaireau ? Nous aussi, t’inquiète. Et non, on a le chamois, on a le cerf, on a tout. D’ailleurs, je ne t’ai pas montré, mais à l’étage, en général, j’ai mon 600 millimètres qui est prêt à déclencher au cas où.

0:35:34 Julien GERARD – Le chamois, ça me fait penser, tu vas peut-être rien avoir, mais strictement rien avoir avec cet épisode et avec ton travail. Quand je suis arrivé, là, il y a un rond point avec un chamois, avec une épée plantée en travers. C’est quoi cette histoire ? Tu connais ? Alors il faudra que je le retrouve. Alors pour les auditeurs, je vais essayer de choper la photo sur internet et de voir quelle est l’histoire, mais c’est rigolo parce qu’on est en Suisse, on traverse les montagnes, on est dans la nature et puis on va interviewer un photographe animalier, le premier truc qu’on voit en arrivant à proximité de chez lui. C’est ce chamois avec une épée plantée sur un rond-point. Je t’enverrai la photo.

0:36:11 David Rouge – Oui, je veux bien. Ça doit être nouveau parce que je connais quand même tous les ronds-points du coin. Je sais qu’il y a des ronds-points qui changent de déco de temps en temps. Écoute, je ne sais pas si c’est politique, si c’est les chasseurs qui sont fâchés. Je ne sais pas. Je ne sais pas. Tu sais, il y a un peu de tout ici. Il y a aussi de la chasse par chez nous. Donc, je ne sais pas. C’est dur de contenter tout le monde dans tous les cas.

0:36:31 Julien GERARD – Comment tes enfants vivent tes absences ? Ils ont envie de venir avec toi j’imagine ? Ou même pas ?

0:36:37 David Rouge – Écoute, ils sont encore un petit peu jeunes. C’est vrai que les toutes premières fois où je suis parti, les plus grandes absences c’est quand même deux mois. C’était plutôt pour l’Afrique en l’occurrence. C’est vrai que ces dernières années, plus ils grandissent, je vois que plus ils sont dans l’émotion lorsque je pars. Donc là, ils commencent à se rendre compte de l’absence, de l’importance de la présence du père. Mais jusqu’alors, ça se passait assez bien. De temps en temps, je le marque dans le livre. Papa, j’aimerais pas que tu partes dans la tempête. C’est vrai que c’est des mots qui sont très touchant et c’est toujours difficile de laisser la famille. Moi, le départ, c’est ce que je déteste le plus. Une fois que j’ai tourné la clé dans la serrure, si je puis dire, c’est bon. Mais le départ, de voir les gens avec les larmes dans les yeux, c’est toujours un petit peu compliqué. Et puis, maintenant, j’essaye de plus en plus de les stimuler, parce qu’évidemment, j’aimerais bien une fois leur faire vivre cette expérience. Donc, chaque hiver, on va bivouaquer à la montagne dans les Alpes. Là, on a de la chance d’y être très rapidement. et puis on se fait un petit bivouac d’une nuit, deux nuits avec la tente et tout, on tire les poulkas donc ils sont tout contents. Donc je pense que peut-être qu’un jour on arrivera à faire quelque chose ensemble, j’attends encore quelques années parce qu’il faut quand même qu’ils aient l’énergie et la volonté pour pouvoir aller jusqu’au bout des expéditions parce que c’est pas tous les jours facile on va dire.

0:37:59 Julien GERARD – Et puis on peut pas abandonner au milieu.

0:38:1 David Rouge – C’est ça, c’est un petit peu difficile.

0:38:3 Julien GERARD – Mais ils sont demandeurs ?

0:38:5 David Rouge – Pas plus que tant. Je n’insiste pas, j’attends que ça vienne d’eux. Ce n’est pas tous les jours qu’ils me disent papa, c’est quand on va faire une expédition. Ils n’ont encore pas, je crois, la conscience et la connaissance vraiment de qu’est-ce que ça veut dire. Ils voient lorsque je fais des montages de vidéos, ils voient mon contenu, ils voient les images, ils voient le livre, mais ils sont encore dans un monde à eux, j’ai envie de dire.

0:38:28 Julien GERARD – Ok. Tout à l’heure je parlais de ton site, donc je voudrais revenir sur ta biographie qui est très originale par rapport à ce qu’on trouve d’habitude. Je suis… alors il y en a tout plein, donc j’invite les auditeurs à se rendre sur ton site. Et moi j’en ai quelques-uns dont j’aimerais que tu me parles un petit peu. Je suis libre.

0:38:51 David Rouge – C’est ça. Pour moi, le mot libre, c’est, je crois, un des mots le plus important dans ma vie. C’est très égoïste, purement égoïste. Mais c’est vrai que de se sentir libre, de ressentir ce sentiment de liberté, de pouvoir dire j’aimerais faire ça, j’aimerais faire ça. Ok, je me donne les moyens, ok, je dois faire des sacrifices, mais d’avoir cette liberté, d’avoir le choix de pouvoir faire telle ou telle chose, ça c’est très très fort pour moi. En fait, j’ai un petit peu vécu tout le temps comme ça, donc c’est pas facile pour ma famille de vivre avec ça. Mais c’est vrai que si on venait à me dire ou à m’empêcher ou à m’interdire de vivre mes rêves, ce serait très compliqué, je dois dire.

0:39:42 Julien GERARD – Je suis sauvage, tu n’aimes pas les gens.

0:39:44 David Rouge – C’est ça, sauvage par nature, comme diraient certains. Ouais, je crois que j’ai un côté sauvage quand même. Franchement, tu vois où on habite. Ok, moi j’ai pas l’impression d’être sauvage plus que tant, mais c’est vrai que je pense pour partir un petit peu seul, il y a beaucoup de gens qui font des expéditions, mais il n’y en a pas beaucoup qui les font seul, seul, seul, seul, vraiment seul. Et ça, moi, c’est quelque chose qui me plaît bien, qui me correspond bien. Ça me permet de me découvrir, ça me permet de réactiver tous mes sens. Quand t’es seul, c’est pas du tout la même chose, c’est un autre monde. Si on part à deux, ce sera jamais la même chose. Si je pars avec Thomas, je vais le suivre, je vais me sentir dix fois plus en sécurité que si je suis tout seul. Donc d’avoir ce côté un peu sauvage et solitaire je trouve que c’est très intéressant, très enrichissant.

0:40:32 Julien GERARD – Je suis le futur.

0:40:35 David Rouge – Ah oui, ça, c’est une photo que j’ai mis sur mon site avec, je crois, la Jeep au Salar de Uyuni avec un enfant. Ça, c’est mon premier enfant, en fait. C’est Ethan qui est en photo. Et c’est vrai que je suis le futur. Je voulais faire un petit peu allusion. Qu’est-ce que je vais transmettre à mes enfants par rapport à tout ce que j’ai vécu, toute cette chance que j’ai eue de découvrir, d’apprendre, et de prendre conscience de certaines choses. Et voilà, moi, j’essaie vraiment de leur transmettre ces passions et ces informations pour qu’ils en fassent ce qu’ils voudront. Au final, ce ne sera plus de mon sort.

0:41:12 Julien GERARD – Je suis idiot.

0:41:14 David Rouge – Ah oui, ça, je me souviens bien de la photo. Je suis vraiment très idiot parce que… Oui, c’est une petite anecdote. Quand on était en Islande la première fois, on arrive au nord-ouest, au nord-est, pardon, avec le bateau. On décharge la Jeep, on fait nos premiers petits kilomètres. Et puis, après quelques jours, on se retrouve sur une plage de sable noir avec des glaçons qui sont rejetés par la marée sur le bord de la plage. Puis, je fais des photos. Et puis je me dis, est-ce que je mets mes bottes ou est-ce que je ne mets pas mes bottes ? Non, je ne vais pas mettre mes bottes, c’est bon, je vais faire attention. Sauf qu’à un moment donné, j’étais en train de photographier avec le trépied, des longues pauses, et puis chaque fois qu’il y avait une vague un petit peu plus forte que les autres, je faisais deux pas en arrière et puis je laissais le trépied sur place, il n’y a pas de souci. Sauf qu’une fois, il y a eu une vague qui a été un petit peu plus forte que l’autre et cette vague a poussé un glaçon et ce glaçon a poussé mon trépied et mon trépied est tombé dans l’eau. Autant dire qu’objectifs et appareils photos dans l’eau salée, c’était poubelle et on était genre au quatrième jour des deux mois de voyage. C’est très idiot.

0:42:25 Julien GERARD – Je suis poli. Tu manges des chenilles.

0:42:29 David Rouge – Ah oui, alors ça, c’est la politesse vis-à-vis des peuples autochtones qui t’invitent chez eux et qui te font manger leur nourriture. Et c’est vrai que par principe, j’essaye de ne pas refuser parce que c’est impoli. Des fois, tu t’amuses à manger des chenilles séchées ou des chenilles vivantes ou des trucs un peu bizarres ou du cœur de dromadaire ou de la graisse de Degong en Australie.

0:42:56 Julien GERARD – Ça donne envie.

0:42:57 David Rouge – N’est-ce pas ?

0:42:57 Julien GERARD – Je suis content d’avoir mangé suisse à midi. Je suis suisse. Je suis confiant. Tu es dans un hamac, dans la jungle, et tu nous parles d’un éléphant, tu imagines un éléphant qui s’approche d’un pas silencieux.

0:43:14 David Rouge – Alors c’est vrai que de nature je suis assez confiant, même que j’ai aussi des appréhensions et des peurs, c’est humain, de nature assez confiant, mais là c’est vrai que ma première expédition avec les pygmées en Cameroun, en forêt tropicale, à dormir la première nuit dans la jungle, alors que tu n’as jamais fait ça de ta vie, Disons que les bruits ce n’est pas les mêmes qu’en Suisse. Il y a 2-3 bruits qui sont quand même bizarres. Ce qui est hallucinant, lorsque tu te retrouves au contact de la nature, c’est de réussir à mettre un mot sur chaque bruit. C’est un truc de fou. Que je sois dans la tempête, dans la tente, si j’entends quelque chose que je ne connais pas à l’origine, ça m’inquiète. Et là en forêt, tu te dis, mais attends, j’avais les yeux fermés, j’étais en train d’essayer de m’endormir. Et puis je me dis, mais attends, si l’éléphant de forêt il vient, il va me sentir, il va me donner un coup de défense, puis ça va être réglé en deux secondes. L’imagination n’a pas de limites. Donc il faut être confiant.

0:44:9 Julien GERARD – Et alors, ce n’est pas dans l’ordre, mais ça me permettra de faire la transition. Je suis fragile.

0:44:14 David Rouge – C’est ça, je suis fragile parce que je pense qu’on a conscience en tant qu’être humain qu’on est fragile. Il n’y a qu’à voir dès qu’on a le Covid ou dès qu’on tombe malade, on s’en vit compte que la vie ne tient à rien. Mais en même temps, je trouve que nous, humains, On ne se considère pas assez fragile. J’ai un petit souci avec ça. On a vraiment l’impression de tout dominer. Et puis d’ailleurs, c’est quasiment ce qu’on fait. On domine presque tout, pas à 100%. Evidemment, la mort, on ne la domine quand même pas, mais quand même, on la maîtrise pas mal. On la repousse. Voilà, donc j’aime ce mot parce que j’aime me sentir fragile face à ce monde. Et voilà, le titre, il a aussi été choisi par rapport à la fragilité du monde, par rapport à la fragilité des humains, par rapport à la fragilité de cette faune qui essaie de survivre dans des conditions extrêmes. Mais finalement, allez, j’ai envie de dire chaque faune est en mode survie où que tu sois dans le monde, finalement.

0:45:12 Julien GERARD – Même l’humain en ce moment on dirait bien. Il ne s’en rend peut-être pas toujours compte.

0:45:17 David Rouge – Il ne s’en rend pas trop compte je trouve.

0:45:19 Julien GERARD – La météo des deux dernières années est effrayante. Je ne sais pas comment ça se passe en Suisse, mais moi qui suis dans le sud de la France, encore la semaine dernière, on a eu une tempête qui a provoqué des glissements de terrain sur l’autoroute, des routes qui ont été embarquées, des inondations dingues.

0:45:42 David Rouge – On a aussi ça, on a aussi des catastrophes naturelles, mais j’ai l’impression que tant que t’es pas confronté toi directement, oui ça touche, moi qui organise des voyages au Maroc j’ai été touché par le tremblement de terre qu’il y a eu récemment, mais je pense que tant qu’on n’est pas confronté directement, on a moins la conscience, j’ai envie de dire. Ma femme qui vient du Mexique, elle a vécu des tremblements de terre. Quand elle me raconte, ce n’est pas juste la même chose que quand il y a une petite tornade comme le Lothar, quand on a eu ça en 99.

0:46:10 Julien GERARD – Alors 99, 99, pardon.

0:46:13 David Rouge – Donc voilà, on verra, mais je trouve qu’on prend une place bien importante sur cette terre.

0:46:26 Julien GERARD – Donc Fragile, le titre de ton livre, quand tu as commencé à avoir envie ou l’idée de faire le livre, tu me disais tout à l’heure avant qu’on enregistre que c’était un rêve depuis très longtemps.

0:46:37 David Rouge – 2008, c’est ça. 2008, à mon retour de mes deux années d’aventure en Afrique, j’ai commencé à créer un projet d’un premier livre sur mon périple qui n’a pas abouti. Je n’ai pas été jusqu’au bout de ce projet, malheureusement. Il est toujours dans l’ordinateur, mais il n’a pas abouti. Et c’est vrai que depuis que je suis allé en Arctique, je me suis dit, cette fois, je vais faire un livre sur les régions du Nord, mais je vais aller jusqu’au bout. Donc c’est vrai que c’était un projet de longue, longue haleine. La maquette était déjà prête en 2019, avant Covid, donc j’avais déjà prévu de le sortir avant Covid. Du coup, j’ai été un petit peu freiné, ralenti par cette pandémie. Et puis, j’ai remis du bois sur le feu à la fin du Covid pour pouvoir aller jusqu’au bout du projet. Et voilà, ça y est, il est sorti. Ça fait quelques semaines qu’il est disponible.

0:47:30 Julien GERARD – Comment tu as procédé ? Parce que c’est bien d’avoir l’idée de faire un livre, mais c’est, on disait tout à l’heure, on pratique beaucoup de métiers en tant que photographe, et l’édition en est un, qui lui-même est composé de beaucoup d’autres métiers. Donc t’as envie de faire un livre, ok, mais tu fais quoi concrètement ? Comment ça se passe ?

0:47:48 David Rouge – C’est ça, c’était une grande page blanche au début, qui s’est colorée au fil du temps, comme je le dis aussi bien dans le livre. Donc c’est un grand grand challenge parce que tu pars de zéro, il faut déjà réfléchir à ce dont tu veux parler, quel est le thème, quel sujet. Quelle zone ? La région, c’était assez clair dans ma tête. Mais par contre, quel va être le fil conducteur du livre ? Donc du coup, c’est ma femme et moi qu’on a fait la maquette du livre. Tout le graphisme a été réalisé par nous-mêmes. Et ma femme étant graphiste, elle a pu m’apporter un petit peu son regard.

0:48:24 Julien GERARD – Ça aide, ça.

0:48:25 David Rouge – Ça aide, oui, ça aide. Et voilà, en même temps, c’est un graphisme relativement sobre. Donc il n’y a pas de grande folie à ce niveau-là. Et puis après, qu’est-ce qu’on va mettre comme contenu dedans ? Donc du coup j’ai commencé à faire un premier fichier et puis c’était assez incomplet au niveau aussi des espèces animales, donc du coup je me suis laissé le temps de faire encore d’autres expéditions dans d’autres destinations, notamment au Canada pour pouvoir voir le harfang des neiges que je rêvais de photographier depuis longtemps aussi. Et après le livre, la maquette se construit petit à petit. Donc c’est vrai que ça se met en place. Après le fil conducteur, c’est toujours un peu compliqué. Qu’est ce qu’on va dire dans ce livre ? Parce que je n’avais pas envie de faire un livre qu’avec de la belle image. Je trouve qu’on voit beaucoup de beaux livres avec de la belle image. Mais moi ce qui m’intéressait c’était de partager du contenu et en lien avec le contenu qui me procure des émotions. Donc du coup il y a beaucoup de passages de mon livre de bord, mon journal intime que j’écris lors de mes expéditions. Et puis je me suis amusé à faire des petits poèmes en lien avec les espèces que j’ai rencontré. Donc voilà, je me découvre des petits et des minuscules talons comme ça que je mets en pratique et que j’intègre dans le livre. Et c’est un livre assez complet entre la belle image et puis un petit peu du contenu. Aussi pour partager au lecteur l’expérience de vie. Et puis à la fin du livre, j’ai fait un petit chapitre où je parle de la préparation de l’expédition et de comment vivre l’expédition. Pour si quelqu’un est tenté de suivre un petit peu ce chemin, d’avoir un peu des informations. Parce que c’est pas facile de trouver des informations pour aller au Grand Nord si t’as pas des personnes qui l’ont réalisé.

0:50:12 Julien GERARD – L’editing des photos, j’imagine que comme tous les photographes aujourd’hui tu as des milliers et des milliers de photos sur tes disques durs. Comment tu as choisi ?

0:50:20 David Rouge – C’est ça.

0:50:21 Julien GERARD – Déjà là avant on devait en choisir cinq dont on va parler tout à l’heure, ça a été compliqué.

0:50:26 David Rouge – C’est ça. Écoute, je pense que tu connais la première étape, c’est de dégrossir. Alors moi, j’ai la chance parce que ma manière de fonctionner dans mes classements de mes images sur mon ordinateur, elle est relativement simple et se fait avec des étoiles. Donc, chaque fois que je rentre d’un périple ou quel qu’il soit, je procède De la même manière, je mets des étoiles en fonction de si l’image l’apprécie beaucoup ou moyennement. Et puis toutes les images qui avaient 3, 4 et 5 étoiles, en sachant que 5 c’est le maximum, ça me fait un best-of. Et puis après j’épuisais dans ce best-of. Et puis après, à force de construire le fichier, le fil conducteur du livre, tu rajoutes une image, tu en enlèves une autre, tu cherches à en créer une nouvelle parce que tu te dis, ah bah là ce serait bien d’avoir le complément de ce sujet là, par exemple pour les bœufs musclés, je suis retourné encore une fois cet hiver pour faire un complément d’image, autant vidéo que photo. Donc voilà, c’est un processus vraiment lent, en tout cas chez moi c’est très lent. Mais j’ai eu beaucoup de plaisir à faire ça. Je n’ai pas eu de crève-cœur. On me demande souvent est-ce qu’il y a des photos que tu aurais voulu mettre que tu n’as pas pu. Moi, j’étais totalement libre dans la conception du livre à tous les niveaux, au niveau de la dimension du livre, du nombre de pages, de la taille des images, etc. Donc, je n’ai vraiment aucun regret par rapport au contenu du livre.

0:51:52 Julien GERARD – J’ai hâte de regarder tout ça tout à l’heure. Tu as décidé de passer par un éditeur pour sortir ton livre. Tu nous expliques ce cheminement, ce choix ?

0:52:3 David Rouge – Oui, c’est relativement simple dans mon cas, étant donné que je n’ai pas un réseau de réseaux sociaux énorme. Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé. Je me suis dit si je fais de l’auto-édition et que j’utilise que mon réseau, j’avais un petit peu peur de ne pas arriver à vendre suffisamment d’exemplaires. Du coup, je me suis dit, je rêvais de travailler avec un éditeur important ici en Suisse romande, qui me permette d’être diffusé dans toute la France, la Suisse romande, voire même peut-être la Belgique et le Canada. Et du coup, j’ai commencé à faire des démarches auprès d’un premier éditeur. Ça n’a pas tout à fait marché. Et puis, sur ce deuxième éditeur, on a réussi à… Moi, j’ai ressenti chez eux une grande motivation par rapport au projet. Donc, du coup, ça m’a vraiment boosté. Et voilà, on est parti comme ça, en éditant ce livre avec ses éditions.

0:52:58 Julien GERARD – Ça se passe comment ? Travailler avec un éditeur ?

0:53:1 David Rouge – Alors dans mon cas, c’était relativement simple, étant donné que c’est moi qui faisais tout, la maquette, c’est moi qui gérais aussi les traductions de mon côté, j’ai géré aussi les demandes d’offres, etc. Donc c’était vraiment un échange, plus ils avaient le regard neutre, qui était très intéressant, où ils m’ont orienté sur nos différentes directions. Par exemple, je peux donner l’exemple du fait que le titre Fragile, je l’avais mis en noir. Du coup, on l’a mis en rouge pour avoir un impact un petit peu plus important. Et puis, au final, moi, j’étais totalement fermé. Au début, j’étais totalement fermé. Finalement, je me suis dit non, mais déjà, je n’aime pas la couleur du rouge. Je pense que c’est assez… C’est ballot quand on s’appelle David. C’est ballot, justement, c’est un lien. Et finalement, je me suis dit, ah ben oui, le rouge, ça me fait penser peut-être à l’urgence, au danger, au sang, le sang de lorsque l’animal, il meurt, etc. Donc, au final, voilà, c’est des petits détails comme ça où grâce à l’éditeur, on a pu avancer sur différentes facettes dans ce livre, également sur le contenu, sur certains textes. Ils ont aussi relu les textes. Donc, c’était vraiment très intéressant.

0:54:13 Julien GERARD – Alors tu nous disais tout à l’heure que tu étais perfectionniste et que tu referais bien le livre si tu pouvais.

0:54:20 David Rouge – C’est vrai qu’il y a déjà 2-3 petites choses que je changerais déjà. Je ne devrais pas le dire, mais c’est vrai que non, il y a 2-3 petits détails. Personne ne va le voir, personne ne va le savoir, mais c’est juste moi. Il y a 2-3 détails de certaines images où j’aurais souhaité avoir un fond un petit peu plus blanc. Il est un petit peu trop bleu. J’aime plus bleu. Donc voilà, c’est des petits détails comme ça, mais sinon vraiment dans l’ensemble, je suis enchanté du résultat. On a choisi de faire une couverture vraiment papier, donc très fragile, qui va très bien avec le titre. Je ne voulais pas mettre de laminage, je n’avais pas envie de gaspiller encore du laminage et j’avais vraiment envie de ressentir cette matière. Donc je suis super content, mais il est fragile. Et j’ai choisi aussi ce titre, Fragile, parce que vu qu’il est traduit français-anglais, j’avais envie que ce soit le même mot en anglais qu’en français.

0:55:11 Julien GERARD – Voilà, comme ça, tu sais tout. C’est le but de cet épisode, de tout savoir sur David Rouge et le livre Fragile. Combien de pages, format, donne-nous un petit peu les caractéristiques.

0:55:23 David Rouge – Alors, techniquement, 192 pages, format 30 par 24, couverture dure. On a fait un embossage sur le titre. Donc, lorsque tu passes la main, tes doigts sur le mot fragile, tu sens un relief. Et ça, ça me tenait très à cœur, même que ça m’a coûté un bras, mais ça me tenait très à cœur. C’est le genre de petits détails quand on dit qu’on est pinailleur, c’est qu’on va vraiment jusqu’au bout. On a la chance d’avoir une préface de Sarah Markey, qui est une grande aventurière de chez nous, suisse romande. Je ne sais pas si tu en as entendu parler, mais voilà, elle m’a fait l’honneur d’écrire la préface. Je suis très, très content. Elle rentre d’ailleurs d’expédition, elle aussi. Elle revient faire une petite expédition en Australie. Et voilà. Donc sinon, techniquement, voilà, on a travaillé sur un papier très naturel, offset. Et voilà.

0:56:15 Julien GERARD – On va parler un petit peu du contenu. Alors, 5 images. Non, je crois qu’on est parti sur 6. Je t’ai laissé une en joker. Alors, il y en a plein des images. Il y en a combien dans le livre ?

0:56:27 David Rouge – Oula, 118 je crois.

0:56:28 Julien GERARD – 118, ok. Donc nous on va parler de 6 images. Alors le but du jeu, c’est le moment où on va faire Tacom, l’idée c’est d’acheter le livre pour voir les images en vrai, mais sinon on va aussi les mettre dans les notes de l’épisode, donc je vous invite à cliquer sur le lien pour voir ces photos. La première image dont on va parler c’est ce renard arctique sur la couverture.

0:56:53 David Rouge – Celle-là, je peux dire que j’ai attendu longtemps. J’ai attendu longtemps. Je suis parti, première expédition au Svalbard, trois semaines. En trois semaines, je n’ai pas vu un renard.

0:57:3 Julien GERARD – Sympa.

0:57:4 David Rouge – Chouette. J’ai vu des traces, mais autant dire que d’essayer de vouloir suivre les traces d’un renard polaire en Arctique avec 140 kg que tu tires derrière toi, laisse tomber. donc je me suis dit de lui courir après c’était peut-être pas la bonne tactique donc du coup je me suis dit bah ok s’il y a des traces bah il doit être dans le coin ou alors il est de passage du coup je me suis dit bah je vais planter ma tante puis je vais peut-être attendre que lui vienne à moi sauf que j’ai attendu trois semaines il n’est pas venu bref donc première expédition zéro photo du renard polaire Deuxième expédition, justement, j’ai fait cette tactique de dire, OK, je pense qu’il faut que ce soit lui qui vienne à moi. OK, si je vois des traces, j’essaye de rester dans une zone. Je monte le bivouac. C’est sûr que lorsqu’on cuisine, que je fais ma popote, je pense que l’odeur, ça aide bien pour attirer autant les renards que les ours. Donc il y en a un qui est sympa, l’autre un peu plus dangereux. Mais quant aux renards, c’est vrai qu’à un moment donné, j’étais dans ma tente. Et puis j’avais un renard qui me tournait autour. Et c’est vrai que c’est là où j’ai pu faire vraiment des images. Parce que si t’as un renard qui a peur, t’arrives pas à faire d’images quoi. Donc c’est vraiment compliqué. Donc là c’est vrai que j’ai passé cinq jours je crois. Je suis resté dans le même bivouac, dans la même zone. Et puis j’avais un renard, j’en avais même deux qui me tournaient autour. Et là j’ai pu faire vraiment beaucoup d’images, un très beau contenu, j’étais super content. C’est trop chou ces petits renards, tu sais, c’est une petite peluche et t’as envie de les prendre dans les bras et voilà, mais bon ça reste des animaux sauvages donc on va respecter ça.

0:58:41 Julien GERARD – Oui, pour les prendre dans les bras, il faut aller à Ikea au rayon peluche. C’est ça. Trois semaines dans une tente tout seul, c’est comment ?

0:58:50 David Rouge – C’est sympa. Tu veux essayer ? Écoute, c’est…

0:58:54 Julien GERARD – Je ne sais pas si je veux dire oui ou non en fait.

0:58:57 David Rouge – Écoute, c’est une expérience incroyable. Moi, j’encourage tout le monde à faire ça. C’est vraiment très intéressant. Alors, on se détend. Je n’ai pas fait ma première expédition de trois semaines au Svalbard. Avant, j’ai fait d’autres expéditions moins longues, moins dangereuses. Quand je parle de danger, c’est notamment par rapport aux ours. Mais on y reviendra probablement après. Mais trois semaines dans une tente, ça peut être long, très long, voire très très long. C’est vrai qu’il ne se passe pas beaucoup de choses. Moi, en général, quand je vais en expédition en trois semaines, j’aime bien rester plusieurs jours au même endroit parce que je n’ai pas envie de faire un marathon sportif. Moi, je ne fais pas un exploit sportif. Moi, je veux vivre une expérience et je veux essayer de ramener du contenu. Mon but c’est d’essayer de ne pas monter et démonter la tente matin et soir parce que ça me prend un temps fou. Donc moi j’aime bien monter à mon camp et puis après rayonner. Donc en général je reste 4-5 jours à chaque endroit, ça me permet un petit peu de faire un rayonnement d’étoiles et de découvrir les environs. Après, à un moment donné, j’ai envie de bouger aussi. C’est comme ça que je fonctionne. Mais c’est sûr que quand tu es enfermé dans la tente, dans la tempête pendant deux ou trois jours, où tu n’arrives pas trop à sortir de la tente, c’est vraiment long parce que ce n’est pas très confortable. Dans la tente, j’arrive à faire un siège. Ça veut dire que j’ai une petite abysse devant où je cuisine. Mais sinon, tu es soit assis, soit couché. Donc, c’est interminable. Tu ne peux jamais être debout. C’est un peu chaud.

1:60:32 Julien GERARD – J’imagine que tu n’as pas le wifi, ni de réseau, rien du tout. T’es vraiment seul avec toi-même.

1:60:39 David Rouge – Surtout pas, je veux pas de wifi, je veux pas de réseau, je veux rien du tout. D’un point de vue sécurité, j’ai un téléphone satellite et une balise de détresse, c’est pour la sécurité. C’est juste génial d’être coupé du monde comme ça. C’est génial, c’est un truc de fou. C’est le silence, quand il n’y a pas de vent et qu’il n’y a pas un bruit, c’est un truc rare et précieux. Je peux te le dire, c’est génial.

1:61:4 Julien GERARD – Et après trois semaines, le retour à la réalité ?

1:61:8 David Rouge – C’est marrant parce que ça dépend les fois mais là quand je rentre à pied par exemple et que j’arrive en ville, la ville principale de l’archipel, c’est vrai que les derniers kilomètres, il y a une longue vallée et tu la vois vraiment de loin, je crois elle fait huit kilomètres, tu vois cette ville de loin. Puis au final t’as même pas envie d’y aller quoi. Non mais ça commence à puer les motoneiges parce qu’il y a 200 000 motoneiges dans tous les coins, donc t’as les gaz d’échappement, t’as le bruit, t’as la lumière, enfin tu vas être de nouveau déconnecté de la nature quoi. Donc c’est génial, tu vas aller reprendre ta douche, une douche bien chaude qui va durer trois minutes trente, puis tu vas être au chaud. Mais super quoi ! Mais t’es déconnecté, t’es de nouveau déconnecté. Donc le retour, il est toujours un petit peu difficile. En même temps, c’est que trois semaines, c’est pas deux ans. Quand c’est deux ans, ça prend plus de temps. Mais non, c’est vrai que maintenant, j’arrive à me réhabituer très vite finalement.

1:62:3 Julien GERARD – La seconde photo, page 36, donc là on a deux rennes face à face.

1:62:11 David Rouge – Ah ça c’est une photo que je rêvais de faire, mais vraiment je rêvais de faire, ça veut dire que j’avais vraiment envie, un petit peu comme le renard polaire dans la poche de couverture. J’avais vraiment envie d’un environnement blanc, neutre, où on voit que l’animal. Et là c’est complètement fou parce que cette photo elle a été prise le dernier jour de la première expédition au Svalbard après les fameuses trois semaines et c’est là où je suis en train de rentrer en ville. Et là, je suis justement dans la dernière vallée qui m’amène à la ville. Et à un moment donné, il y a la tempête et je me dis, ça serait quand même bien un petit cadeau de fin d’expédition, d’avoir une situation sympathique et dans un environnement comme j’aime. Donc, il y avait beaucoup de vent. et je tombe sur deux rennes. Génial. Donc là, je décroche ma pulka, je fonce sur mon appareil photo, mon 600 mm, il est accroché à l’arrière de ma pulka, prêt à rentrer en action, si je puis dire, et je le prends, et puis là, je fonce sur les rennes. Mais en oubliant de prendre le point GPS de la pulka, ça, c’est une super bonne idée. Comme ça, quand tu auras couru après les rennes pendant quatre kilomètres et que tu ne retrouveras pas ta pulka, tu pourras attendre un petit moment pour venir la rechercher. Bref, c’est un détail. Ça sent le vécu. Ça sent le vécu. Mais c’est vrai que là, je suis parti sur les rênes. Et puis là, le temps, il s’arrête parce que moi, je pense qu’à faire des images. Et puis là, c’était vraiment magnifique. Il faisait très froid, donc j’avais pas mal de problèmes avec les doigts parce que ça m’arrive de vite enlever de temps en temps les gants pour faire un petit réglage sur l’appareil, parce qu’avec les gros moufles, franchement, j’arrive à déclencher. J’arrive presque à tout faire, mais c’est vraiment pas agréable, surtout quand tu dois aller vite. Donc quand je sors la main des gants, j’ai 10 secondes, parce que si tu laisses 30 secondes ta main dehors avec le vent et le froid, franchement, après tu chauffes vraiment très, très froid. J’ai pas envie de me geler les mains. Donc voilà, c’était très challenging, mais j’ai ramené des belles images. Il y a beaucoup, beaucoup de vent, donc les prises de vue vidéo, elles bougent un peu, mais j’étais super content. C’était mon dernier jour et puis j’avais l’image que je voulais, donc j’étais vraiment enchanté.

1:64:12 Julien GERARD – Combien de temps pour retrouver la poulker ?

1:64:14 David Rouge – Je n’ai pas noté. Je n’ai pas noté, mais au final, je crois que je l’ai retrouvé relativement facilement. Mais c’est là où je me suis dit mais t’es vraiment nul. La prochaine fois, tu prends le point GPS.

1:64:24 Julien GERARD – Je suis idiot.

1:64:25 David Rouge – Je suis idiot. Non, mais en fait, moi, c’est tellement de l’impulsion que c’est de l’émotion et je pars tout de suite. Des fois, ce n’est pas assez réfléchi. J’en ai plein d’anecdotes comme ça.

1:64:34 Julien GERARD – En même temps, on n’a pas le temps de se faire sa checklist avant d’aller faire les photos des rennes parce qu’ils n’attendent pas.

1:64:38 David Rouge – C’est ça, l’animal ne t’attend pas.

1:64:41 Julien GERARD – Rien à voir, il y a une question qui me vient en tête, je m’imagine 3 semaines en autonomie, on sait tous que les batteries et le froid ce n’est pas terrible, tu pars avec combien de batteries parce que tu ne peux pas charger sur place pendant 3 semaines, tu fais comment ?

1:64:56 David Rouge – J’ai un panneau solaire avec un powerbank, sauf que la première année, ma première expérience, là encore ça sent le vécu. Du coup, je suis allé à une période où il n’y avait pas le soleil qui était très haut, donc il était à l’horizon. Et puis surtout, tu es souvent dans des vallées. Autant dire que j’ai jamais pu recharger. Une fois, j’ai pu recharger le powerbank avec le panneau solaire. Mais sinon, j’ai un gros powerbank qui permet de recharger quelques batteries. J’ai une dizaine de batteries au total et puis maintenant avec le temps, j’ai développé une technique, je mets tout dans mes culottes.

1:65:27 Julien GERARD – Ok, au chaud.

1:65:28 David Rouge – Au chaud, c’est ça.

1:65:29 Julien GERARD – Ça va être très confortable.

1:65:30 David Rouge – C’est super confortable, super agréable, je ne t’ai dit pas. Non, c’est vrai que maintenant mes batteries, je ne les laisse même plus dans l’appareil photo. Chaque fois que je ne photographie pas, je les sors de l’appareil photo et je les mets le plus proche de mon corps pour les maintenir au chaud.

1:65:43 Julien GERARD – Ok.

1:65:43 David Rouge – En même temps, tu sais, on photographie pas tous les jours et pas toute la journée. Maintenant, j’ai des problèmes avec les miroirless parce que c’est beaucoup, c’est très gourmand en énergie. Alors là, j’ai deux, trois soucis. C’est pour ça que je garde encore des anciens boîtiers pour le grand froid.

1:65:58 Julien GERARD – OK, donc pas encore de 100% miroirless ?

1:66:0 David Rouge – Non.

1:66:2 Julien GERARD – Allô, Nikon ? Tu nous entends ? C’est ça. La photo suivante c’est page 42. Je crois que c’est la sixième, la joker celle-là. C’est la photo de paysage avec le petit, enfin il n’est pas petit le renne mais il est tout petit dans ce paysage.

1:66:22 David Rouge – C’est ça, j’ai trouvé très intéressant cette image parce qu’au final, c’est une photo de paysage avec un animal. Ce n’est pas une photo animalière, mais il y en a qui pourront dire que c’est une photo animalière. Moi, je la considère plus comme une photo de paysage avec une toute petite information de l’échelle de la région où on se trouve en mettant ce renne en tout minuscule. J’aime beaucoup cette photo. Elle est assez graphique en noir et blanc. Je trouve que ça donne vraiment un très, très sympa. J’adore cette photo.

1:66:48 Julien GERARD – Là, elle est passée en noir et blanc.

1:66:50 David Rouge – Ouais, elle est passée en noir et blanc.

1:66:52 Julien GERARD – Et les couleurs, c’est quoi ?

1:66:58 David Rouge – Je te laisse regarder. C’est pas du 100% noir et blanc, mais j’ai enlevé pas mal. Par exemple, s’il y a du bleu dans le ciel, j’enlève le bleu du ciel parce que je n’aime pas. Et puis, elle n’est pas noir et blanc à 100% celle-là. T’as raison.

1:67:13 Julien GERARD – Tu te permets beaucoup de retouches sur la couleur ou sur l’image en post-prod ?

1:67:18 David Rouge – A la base pas tellement parce que c’est pas du tout ce que j’aime faire passer du temps sur l’ordinateur mais maintenant c’est vrai que je commence avec les images de l’article j’ai commencé à travailler un petit peu sur le bleu Parce que cette dominance de bleu qu’on a même, à l’origine quand tu fais un RAW avec la dominante de neige et de blanc, le capteur il a tendance un petit peu à tirer sur du bleu, voire un petit peu même à sous-exposer, donc j’aime bien retirer un petit peu le bleu. Et puis après je travaille contraste, c’est du RAW, donc on travaille contraste, les blancs, les noirs, luminosité. Et puis après, voilà, ça m’arrive de maintenant, si j’aime pas le bleu dans le ciel, je l’enlève, je veux plus de bleu. J’aime plus le bleu. Tout le monde aime le ciel bleu, c’est les vacances, c’est le soleil. Mais moi, c’est plus du tout mon monde.

1:68:3 Julien GERARD – Je vais pas t’inviter à Nice, alors. Non. Alors, photo suivante. Celle-là, elle est géniale. Page… Alors, j’ai une mauvaise vue, faut que je me rapproche. Page 53.

1:68:15 David Rouge – C’est un bœuf musqué en Norvège. C’était lors de mon périple en Scandinavie qui a duré plusieurs semaines où j’avais fait Finlande, Suède et Norvège et j’avais fini au bœuf musqué. C’est vrai que c’est un endroit unique en Europe, parce que c’est le seul endroit où tu trouves encore les bœufs musclés. Sinon, tu les trouves à Ellesmer, au Groenland, je ne sais pas si on les trouve au Groenland.

1:68:42 Julien GERARD – Ce n’est pas moi qui vais te répondre.

1:68:44 David Rouge – Oui, je ne me souviens pas, mais je crois qu’ils sont au Canada, à Ellesmer. Et voilà, les bums musqués c’est quelque chose, c’est quelque chose de les voir vivre dans cet environnement, c’est incroyable, c’est la tempête, ils broutent des brindilles qui font 3 cm de haut, ils passent 8 heures par jour à brouter mais ils mangent rien et puis ils font je sais pas combien de kilos là, ils sont énormes.

1:69:9 Julien GERARD – Et c’est un animal sauvage, on est d’accord.

1:69:10 David Rouge – C’est un animal totalement sauvage, complètement sauvage. et qui nous tolère relativement bien parce que c’est un parc national dans lequel il se trouve et puis je suis pas tout seul, tu sais, des photographes animaliers il y en a plein partout et puis donc les humains ils les tolèrent relativement bien. Avant je disais il les tolère bien, maintenant je dis relativement bien parce que cet hiver j’y suis retourné et puis j’ai eu une petite mésaventure mais ça c’est à découvrir lors de mes conférences dans le film que je suis en train de monter parce que je me suis fait charger en fait cette fois par un bœuf musqué. Voilà j’étais un petit peu surpris pourtant j’ai fait une approche vraiment hyper lente donc je suis resté une dizaine de jours avec ces bœufs Et puis c’est toujours difficile de savoir s’il s’habitue à toi, si tu dépasses la limite. Tu sais, chaque animal a sa petite limite de distance, un peu comme nous les humains.

1:70:9 Julien GERARD – Ils ont leur caractère.

1:70:11 David Rouge – Aussi, tu vois. Donc voilà, là, sans aucun doute, j’étais un petit peu trop proche, mais ça m’a étonné parce que ce n’était pas la première fois que j’allais proche comme ça. Et puis là, il était en train d’être couché paisiblement, en train de l’échouer le museau. Puis tout d’un coup, il se lève, il me regarde. Mais alors, il m’avait déjà vu. Moi, je ne me cache pas quand je veux faire des animaux sauvages. Je n’aime pas cette approche. J’essaie de déranger le moins possible, mais je n’ai pas envie de me cacher. En tout cas, pas dans les pays du Nord. Et puis, il m’avait donc vu. Et puis là, il se lève et puis il fait un ou deux pas dans ma direction. Puis après, il commence à accélérer dans ma direction. Puis là, bon, je me suis barré. Mais je me suis posé la question si ce n’était pas ce comportement un peu de dominateur qu’ils ont même entre eux. Parce qu’ils sont tout le temps en train de se confronter, les bémusquets. C’est assez connu ces images où ils se lancent face à face et qu’ils se tapent le crâne.

1:71:12 Julien GERARD – Il y a une photo que je t’ai forcé presque à retirer, mais où on les voit face à face.

1:71:17 David Rouge – C’est ça, celle-là. Donc je me suis dit, est-ce qu’il me prend pour un congénère et puis qu’il veut montrer que c’est lui qui domine ? Je ne sais pas, je ne le saurais jamais malheureusement, mais ça m’interpelle et ça m’intéresserait de connaître la réponse. Allez, la déduction et la conclusion, c’est qu’il ne faut pas aller trop près.

1:71:37 Julien GERARD – La photo suivante, page 88.

1:71:40 David Rouge – J’adore cette photo.

1:71:45 Julien GERARD – Là on est sur un paysage avec des montagnes au loin, une étendue de neige et des traces.

1:71:51 David Rouge – La blanquise aussi sur la droite là, qui n’est pas totalement formée. Puis ces traces dans la neige, figure-toi que c’est des traces d’ours polaires. Alors cette image, elle me plaît comme elle me frustre en fait. Parce que l’ours polaire, il faut savoir que toute personne qui va au Svalbard, on fait son cliché numéro un, tout le monde veut ramener l’ours polaire. Tout le monde va là-bas pour ça, tout le monde l’utilise dans sa com’. C’est vraiment un sujet, c’est énorme quoi l’ours polaire, c’est le symbole de l’Arctique. Et puis moi ça fait quand même maintenant trois expéditions que j’ai fait au Svalbard et j’ai pas vu un seul ours polaire.

1:72:34 Julien GERARD – C’est une légende.

1:72:37 David Rouge – Donc, j’en ai fait un petit peu, entre guillemets, la force de ce livre. C’est ce que j’explique dans le livre. C’était très intéressant. Au final, je me suis dit, mais est-ce que tu peux faire un livre sur l’Arctique sans Ours Polaire ? Et puis, je me suis questionné. J’ai questionné un peu des amis. Qu’est-ce qu’ils en pensaient ? J’ai un peu étudié sur le marché. Qu’est-ce qui se faisait, etc. Évidemment, tout le monde a l’Ours Polaire dans son livre. Et puis j’ai une amie qui m’a dit mais écoute faisons la force et raconte autour de cette histoire pourquoi, comment. Et c’est vrai que c’est intéressant d’expliquer aux gens, à monsieur tout le monde que dans la vie, enfin voilà, vu qu’on domine un peu tout, t’as deux solutions. C’est soit tu veux tout tout de suite et tu vas payer, tu vas aller sur un bateau pendant dix jours puis tu vas ramener tes images d’ours polaires et puis toutes les personnes qui sont sur le bateau auront la même image que toi. Certes, elle peut être très belle, mais moi, ce n’est pas ce que j’ai envie de vivre. Ce n’est pas le moment que j’attends. Ce n’est pas l’émotion que je recherche. Moi, j’ai envie d’aller tout seul, à pied. J’ai envie d’y aller comme autodidacte, d’apprendre comment il vit, où est-ce qu’il vit. Et après, c’est aussi une question de chance. Donc cette photo, forcément, on voit tout de suite que je suis au bon endroit, mais pas au bon moment. Là, les traces, elles ont déjà quelques jours, parce qu’avec le vent qu’il y a, on voit que c’est pas du tout des traces qui sont fraîches. Par contre, ça veut dire qu’il a passé là. Donc maintenant, je commence à connaître un petit peu les zones où est-ce qu’il chasse et où est-ce qu’il passe. Et à chaque expédition, je vois des traces d’ours polaires. mais je viens fou parce qu’en fait je suis jamais au bon moment. Donc voilà, je vais y retourner cet hiver et je vais prospecter les zones que je connais et je vais en prospecter des nouvelles également. Mais voilà, je trouve que c’est important de prendre conscience qu’on n’a pas toujours tout tout de suite. Et puis que c’est bien de comprendre que le monde animal, ce n’est pas si simple que ça pour le photographier, même pour le voir. Et moi j’attendrai de vivre cet instant. J’ai pas besoin de voir l’ours polaire depuis un Zodiac, ça ne m’intéresse pas. J’ai besoin de vivre une rencontre intime avec lui, sans protection aucune, pour me sentir encore plus vulnérable. C’est un petit peu comme l’Afrique, toi qui connais bien l’Afrique. aller voir des éléphants dans une jeep ou bien à pied sans la voiture c’est pas du tout la même approche et c’est pas du tout la même émotion ni le même ressenti au final et moi c’est ça que je recherche.

1:75:6 Julien GERARD – J’avais vu une fois sur internet truc à con là qu’on peut voir sur Facebook ou d’autres réseaux où ils expliquaient comment se défendre en fonction du type d’ours qu’on croisait et donc ça allait créer chaîne d’eau dans la violence des attaques d’ours et pour l’ours blanc qui était tout dernier il disait juste prier tu l’as pas vu tu y vas à pied si demain tu le croises et que t’es à pied il se passe quoi parce qu’on a tous en tête que l’ours blanc il est méchant il va nous manger.

1:75:38 David Rouge – Alors l’ours blanc, il n’est pas plus méchant que n’importe quel animal sauvage.

1:75:42 Julien GERARD – Ok, déjà on vient de casser un mythe, ça c’est fait.

1:75:44 David Rouge – Ça c’est monstre important, mais je tiens à le rappeler parce que je crois qu’il n’y a pas un seul animal qui est méchant sur cette terre. Je crois que le pire c’est bien nous. Je veux dire, l’animal, il a besoin de bouffer.

1:75:56 Julien GERARD – C’est ça.

1:75:56 David Rouge – Donc il a besoin de se nourrir.

1:75:57 Julien GERARD – Avec un David Rouge, il faudra qu’il reparte vite chassé.

1:76:0 David Rouge – Alors écoute, je ne suis pas gros et puis je n’ai pas beaucoup de viande à manger, mais n’empêche que oui, c’est vrai qu’il y a des incidents, voire des accidents quand même de temps en temps. Écoute, je ne sais pas si je vais te donner tous les détails, mais dans les grandes lignes, on sait que ça peut bien se passer et on sait que ça peut se passer un petit peu moins bien. Moi, j’ai envie que ça se passe bien, mais ce n’est pas moi qui vais décider. Donc moi, ce que je peux faire, c’est faire en sorte de ne pas l’approcher trop près pour ne pas prendre de risques, déjà, mais c’est sûr que s’il a envie de me courir après, il court beaucoup plus vite que moi. Ça, on est bien d’accord. Après, on a rarement entendu des attaques où ils te courent après pour t’attraper et te manger. Si c’est la journée et puis que je suis debout, conscient, réveillé, j’ai moins d’inquiétude que si c’est pendant la nuit. C’est vrai que quand je suis dans la tente en train de dormir, enfin en train d’essayer de dormir, et puis que je suis dans mon seul couchage à moitié déshabillé, et puis que j’ai juste une petite barrière anti-ours qui est un fil de pêche tendu entre six poteaux avec une fusée de détresse qui va m’avertir s’il passe cette barrière, Le temps que je sors ça va être un peu compliqué. On a des moyens pour le faire fuir. On a une fusée de détresse qui est un petit pistolet inoffensif qui va l’effrayer. Mais on entend aussi dire que ça peut arriver que ça ne l’effraye pas parce qu’il est tellement habitué à ça. Après, on a aussi un fusil qui est obligatoire pour aller se déplacer à pied sur ce territoire. On est armés. Mais autant dire que je ne m’imagine même pas devoir utiliser un fusil pour descendre un ours. Moi, j’ai rencontré une fois Alain Le Trésorier qui est un scientifique français qui a dû qui a dû tuer malheureusement deux ours lors d’une expédition scientifique. Je l’ai rencontré en vrai et je peux te dire que le mec est complètement perturbé par cet acte qu’il a dû faire pour mettre hors de danger son collègue qui était devant lui. Les ours étaient juste derrière. Donc voilà, il y a des moyens de se défendre. Ce serait quand même con de devoir tuer un ours juste pour lui faire une photo. Donc on va essayer de ne pas en arriver là. Donc voilà, on verra.

1:78:29 Julien GERARD – La photo suivante est magnifique, comme les autres, mais… Ma femme qui a vu les photos, elle m’a dit, tu lui diras que c’est ma préférée.

1:78:41 David Rouge – Page 111. Ça me fait plaisir. C’est un harfang des neiges. C’est une grande chouette qui a une sacrée envergure, plus de deux mètres d’envergure, sauf erreur, que l’on trouve au Canada, notamment. On peut le trouver en Scandinavie, mais je crois que c’est hyper rare. Je crois que ça arrive vraiment une ou deux fois, mais plutôt dans l’est du Canada. Je me suis rendu là-bas, encore une fois, comme un naïf, en autodidacte. J’ai un ami qui s’appelle aussi David, qui habite à Québec, qui fait chaque année des photos de Harfang. Quand je vois ça, je me dis mais attends, c’est pas possible, il faut que j’aille faire ces Harfang. J’adore cet oiseau, en plus il est blanc, blanc sur blanc, il a tout pour bien faire. Normalement, je ne suis pas très oiseau. Jamais tu ne me verras faire une photo d’une maison, je pars chez nous. Mais ça c’est quand même un oiseau un peu plus grand donc plus c’est grand plus ça m’intéresse. C’est vrai que je suis parti là-bas au Canada pour dix jours. Je suis arrivé à Montréal, j’ai loué une voiture et puis je me suis débrouillé et puis il a fallu trouver ce machin. Donc j’ai déjà mis trois jours pour voir le premier. Et puis là, on pourrait raconter une petite anecdote qui me tient quand même à cœur, parce que avant de partir, j’ai demandé à mon ami comment est-ce qu’il approchait les harfangs ? Je veux dire, j’avais aucune connaissance, je n’avais rien lu. Je commençais à prendre des infos sur Internet et puis je dis mais attends, tes harfangs, tu les fais comment ? Tu les trouves comment ? Tu les vois comment ? Et c’est la galère, il faut marcher, il faut une longue vue, il faut des grosses jumelles, il faut quoi, comment, bon, il m’explique un peu. Puis on en vient à la question qui tue, puis je lui dis mais est-ce que tu les appâtes tes harfangs ? Parce que moi, tu sais, j’étais naïf. Jusqu’à il y a quelques années en arrière, je ne savais pas qu’on appâtait les animaux pour faire des belles photos. Donc même chez nous, il paraît qu’on a…

1:80:29 Julien GERARD – Tu viens de casser ma naïveté.

1:80:32 David Rouge – Je peux dire que quand je l’ai appris, j’ai pris quand même une grosse baffe. J’étais vraiment naïf et je ne m’étais jamais intéressé au sujet. Mais même chez nous, les buses, il y en a qui mettent la bouffe pour qu’ils se combattent entre eux pour faire des photos impressionnantes. Et ça, je trouve que c’est quand même important de le dire parce que je n’ai pas de soucis. Après, c’est éthique ou pas éthique. Chacun fait ce qu’il veut. Mais c’est important d’informer le spectateur, le lecteur, parce qu’on croit que c’est compliqué, que ça prend du temps. Puis au final, si tu balances de la nourriture, c’est beaucoup plus facile et beaucoup plus rapide. Donc ça, c’est un mythe aussi que je voulais casser. Mais pour dire, j’avais communiqué avec cet ami et puis il m’a dit non, non, moi je n’appatte pas, mais je crois qu’il y en a qui appattent, mais je ne connais personne. et puis je dis bah écoute moi j’ai pas envie d’appâter donc je viendrai avec toi et puis on ira faire ce qu’on peut faire et puis on verra bien ce qu’on arrive à sortir comme image, pas de souci. J’avais évidemment des images dans la tête, tu vois des images de folie sur internet bien sûr et je contacte un photographe australien qui organise des workshops pour les harfangs. Et puis, je lui demande si je pourrais venir, mais quand je vois le prix de la semaine, je dis que ce n’est pas dans mes budgets. Je lui dis que je serais en même période que lui, est-ce que je pourrais me joindre à votre workshop un jour ? Comme ça, je me suis dit que ça me coûterait un peu moins cher, puis je verrais un peu comment il fonctionne. Il m’a dit non, on est complet, on est plein, on ne prend pas ce genre de cas. mais vous pourrez venir l’année prochaine, blablabla. Je lui dis merci beaucoup pour l’info, c’est sympa. Il fait quand même des photos de malade le mec. Et puis je lui dis en dernière sorte, est-ce que vous appâtez vos harfongues ? Il me dit non, non, non, non, pas du tout. Mais la vérité est que les harfongues ont été appâtés pendant de nombreuses années.

1:82:12 Julien GERARD – Par beaucoup de photographes, donc ils sont.

1:82:14 David Rouge – Habitués à l’humain, etc. Il me raconte ça. Ok, je pars au Canada. Pendant trois jours, je cherche tout seul. Après, j’en trouve un ou deux. J’essaie de faire des photos, tombe bien que mal. Après, je vais voir mon ami David. On fait deux, trois images. Je reviens dans la région de Montréal. Et puis, je me suis dit, je vais aller voir la région de ce mec. Il est en Ontario. Je tombais sur la même période que lui, je disais je vais faire ma petite enquête de policier.

1:82:39 Julien GERARD – Je vais le suivre de loin.

1:82:40 David Rouge – Je vais le suivre de loin. Tu ne vas pas croire c’est ce que j’ai fait. Donc le mec, je l’ai trouvé. À un moment donné, j’étais en train de faire un harfong qui était sur un poteau électrique. On les voit souvent sur les poteaux électriques. Et en fait, j’attendais qu’il décolle pour pouvoir faire le harfong en l’air, en vol, parce que je n’avais pas envie de faire le harfong sur un poteau électrique. Et puis, une personne vient vers moi, puis me dit, écoutez, je suis désolé, mais le harfang que vous êtes en train de photographier, il va s’envoler. Je dis, comment il va s’envoler ? Oui, on va le nourrir et puis il va venir vers nous. Comment ça, vous allez le nourrir ? Ah bah oui, on fait des photos. Donc, si vous voulez, vous pouvez vous joindre à nous. Moi, j’avais peur que ce soit l’Australien avec qui j’avais eu contact. Je dis non merci, c’est bon, pas de souci, je ne vais pas venir. En fait, ce n’était pas l’Australien, c’était un local qui organise et qui vend ses produits à des photographes étrangers, dont cet Australien. Et cet Australien était dans le champ. Bref, je te passerai des détails de la méthode qu’ils utilisent pour faire des photos de malades, mais en fait, les gens sont allongés par terre dans le champ. et puis il balance des souris, 7 souris à l’heure, j’ai compté, c’est quand même pas du tout le régime alimentaire naturel de l’animal, donc c’est pas du tout une bonne idée. Et puis il balance une souris, puis l’animal il décolle devant toi, il vient face à toi, tu fais des images de malade. Moi j’aurais jamais des images comme ça. Mais en même temps je suis très content de mon image parce qu’elle est comme j’aime, elle est sympa et puis elle est pas à pâter. Voilà, pour la petite histoire.

1:84:8 Julien GERARD – Alors pour les autres photos, j’invite les photographes, les photographes, les auditeurs à acquérir ton livre. Justement, ton livre, on peut le trouver où ?

1:84:19 David Rouge – Alors, dans toutes les librairies, les points de vente habituels en Suisse et en France, mais surtout si vous souhaitez soutenir l’auteur, et ça, je le précise toujours, commandez directement sur mon site internet. Je vous ferai un envoi postal. Voilà, www.davidrouge.com. Et là, il y a une rubrique boutique qui permet d’accéder aux livres. On a fait aussi, j’avais envie de me faire plaisir et on a fait une version de tête. et on a créé un étui très joli aussi avec un marquage à chaud dans l’étui et voilà et on va faire un marquage et une numérotation de 1 à 30 avec une petite signature bien particulière que j’ai encore jamais vue et je me réjouis de voir le résultat bientôt.

1:85:1 Julien GERARD – Ok, je mettrai le lien sur les notes de l’épisode. Il y a combien le livre ?

1:85:10 David Rouge – Alors il est à 59 ans en Suisse et en France vous avez un petit rabais.

1:85:16 Julien GERARD – Cool, parce qu’on est pauvre.

1:85:19 David Rouge – Ils ont le pouvoir d’achat, on va dire, il n’est pas le même.

1:85:22 Julien GERARD – Il est à combien en France ? 48. 48, ok. Je vais l’acheter en France.

1:85:26 David Rouge – Tu m’étonnes.

1:85:29 Julien GERARD – Où est-ce qu’on peut voir tes photos, mis à part dans ton livre ? Les réseaux sociaux un petit peu quand même, non ?

1:85:36 David Rouge – Un tout petit peu, mais vous ne verrez pas sur Instagram des photos d’Artik parce que j’ai commencé cet Instagram.

1:85:41 Julien GERARD – Il y a tous les autres, il y a l’Afrique aussi.

1:85:42 David Rouge – Voilà, il y a l’Afrique et je ne suis pas encore arrivé à l’Artik parce que je ne suis pas un fan de ses réseaux. Un petit peu sur Facebook, vous pouvez me suivre aussi sur Facebook. Et après c’est vrai que là on organise des conférences en Suisse romande, on a deux conférences le 5 novembre et le 6 décembre et puis on fait des festivals, on sera notamment un festival à bulles ici au mois de novembre et le festival à clus images et neige au mois de janvier.

1:86:10 Julien GERARD – Ah bah celui-là c’est bon parce que l’épisode va être diffusé. Donc là on enregistre, on est fin octobre et il va être diffusé début décembre. Donc pour le festival, ça colle pour janvier.

1:86:19 David Rouge – De janvier, c’est bon.

1:86:20 Julien GERARD – De janvier alors. C’est où ?

1:86:21 David Rouge – Rappelle-moi. Ce sera à Cluz. Imaginez-je les dates, j’ai plus par cœur mais je crois que… Moi je vais les trouver, je mettrai tout… 20 et quelques janvier.

1:86:28 Julien GERARD – Moi je mettrais tout dans les notes de l’épisode. Je t’ai demandé de me donner trois livres qui sont dans ta bibliothèque et alors là tu m’as dit, figure-toi que je n’ai pas de bibliothèque. Déjà il y a Le Bénin vu du ciel, un certain Julien Girard.

1:86:44 David Rouge – C’est ça, un beau cadeau que tu m’as offert aujourd’hui et que je me réjouis de découvrir étant complètement fou d’Afrique. Je me réjouis vraiment, ça me donne la chair de poule, de découvrir ça. Et sinon, non, c’est vrai que je ne suis pas très… Je n’ai pas une bibliothèque fournie. C’est sûr qu’on a le livre de Yanathus Bétran, La Terre Vue du Ciel, qui est un livre incroyable. Mais je pourrais avoir des livres de Salgado, de Laurent Baeuf, plein de photographes que j’admire qui pourraient être là, mais c’est vrai que je n’ai pas passé par la librairie.

1:87:27 Julien GERARD – Une personne a recommandé pour un prochain épisode, donc un photographe qui a fait.

1:87:31 David Rouge – Un livre, Oui, je te parlais peut-être d’un certain Samuel Bitton qui a fait un livre, qu’on a même fait plus qu’un d’ailleurs, qui est un photographe purement paysagiste, lui qui travaille principalement sur les Alpes suisses. Lui c’est vrai qu’il est aussi un perfectionniste au niveau de la technique, de l’image, du cadrage. de la post-production et il a fait un livre qui a très bien marché qui s’appelle Majestic traduit en trois langues sur les Alpes suisses notamment et puis voilà il en a fait d’autres mais ça c’est vraiment son principal.

1:88:9 Julien GERARD – Tu le connais personnellement ?

1:88:10 David Rouge – Oui, on a fait pas mal de bivouacs ensemble. On est parti dans les Alpes ensemble. Je l’ai eu au téléphone encore, il n’y a pas plus tard qu’avant-hier, pendant une heure. Non, c’est un photographe incroyable, aussi autodidacte, totalement autodidacte. Il était, je crois, ingénieur en informatique. Il créait des programmes, je ne sais plus quoi, dans le passé. Mais non, un passionné de l’image. Très intéressant, son travail.

1:88:35 Julien GERARD – Tu l’as connu comment, lui ?

1:88:36 David Rouge – Alors lui, Samuel, comment c’était ? Oh là là, tu me poses une colle. En fait, je crois que c’était à mon retour d’Afrique 2009-2010. Comment est-ce qu’on s’est croisé lors d’un photoclub ? Est-ce qu’il m’a trouvé sur Internet ? J’arrive Peut-être que si tu lui demandes, il arrivera à te dire.

1:89:1 Julien GERARD – On va lui demander parce que s’il répond à l’invitation, là, en fait, je suis en train de recueillir ton témoignage.

1:89:6 David Rouge – C’est bien ce que je me suis méfié.

1:89:8 Julien GERARD – T’as une anecdote avec lui ?

1:89:9 David Rouge – T’es un malin toi ! Alors, une anecdote, ça c’est une bonne question. Qu’est-ce qu’on pourrait dire avec ça ? J’ai une anecdote. Une fois, on a voulu partir faire un sommet en peau de phoque. Et lui, je me souviens, il commençait la peau de phoque, donc il n’est pas né sur les skis, à contrario de nous autres, les petits Suisses qui vivons au pied des Alpes. Et du coup, il s’est mis au ski tardivement. Et puis, c’était un petit peu engagé. Du coup, on a préféré rebrousser chemin. On allait sur le Grand Combin. Et puis, il me dit, écoute, moi, je connais un autre spot. Et puis, du coup, on est parti sur cet autre spot. Et au final, on s’est retrouvé au pied du glacier du Gorner vers Zermatt. On a fait un bivouac magnifique avec une ambiance incroyable, avec une vue sur le glacier du Gorner. Si je me souviens bien, c’était complètement fou et on a passé, c’était je crois notre premier bivouac ensemble d’ailleurs et on s’est trop bien moirés. C’est vrai que quand tu passes des moments comme ça, simples, avec des amis qui ont la même passion, c’est vrai que tu te dis non mais ça c’est des moments trop précieux.

1:90:23 Julien GERARD – L’invitation est lancée, ça va faire remonter mes statistiques sur la Suisse. C’est ça. Tu veux conclure cet épisode ? Tu as quelque chose à rajouter ou une réponse à une question que je n’aurais pas posée ?

1:90:35 David Rouge – Non, écoute, je crois que t’as bien papoté. Non, écoute, la seule chose que je peux dire, c’est un grand merci, finalement, à toi pour cette interview, évidemment, mais aussi, je pense qu’on peut quand même soulever l’importance de l’entourage familial, qui est primordial dans mon cas, parce que Sans eux, si moi je n’ai pas le soutien de ma femme ou avant de mes parents, franchement tu ne peux pas partir. L’esprit sera en expédition et ça c’est ultra méga hyper important. Donc je peux leur faire un grand merci à tous.

1:91:10 Julien GERARD – Nous les photographes, on est parfois un petit peu compliqué à suivre et à vivre. Merci à toutes les familles qui nous soutiennent.

1:91:18 David Rouge – C’est ça.

1:91:19 Julien GERARD – Merci aux auditeurs qui sont encore là après 1h30 d’interview. Mais 1h30 passionnante donc je pense qu’il y a encore beaucoup de monde qui écoute. Au revoir tout le monde et on se retrouve au mois de janvier mais je ne sais pas encore avec qui. Au revoir David, merci beaucoup.

1:91:36 David Rouge – Salut à tous, merci à toi.

Accueil

Julien GERARD

Tél France / WhatsApp : +33 (0)6 68 65 14 13

juliengerard@editionsmiwa.com

 

All Art Collector
Udensi Uguru EKEOMA
Agent d’artistes – Afrique francophone et anglophone

Tél Nigeria : +234 70 56 56 88 32

www.allartcollector.com

Email : info@allartcollector.com


Scannez le qr code pour écouter
le podcast sur votre smartphone
ou écoutez le sur votre plateforme favorite.