Jamal
Dubaï n’est pas qu’une skyline de verre lisse. Derrière sa démesure et ses malls se cache une ville de passage, un carrefour où l’on boit le thé avec des Afghans et où l’on plaisante avec des Ouzbeks. C’est dans cette facette populaire, loin des clichés, que je voulais emmener Peggy. On traînait sur les rives de la Creek avant de s’engouffrer dans la pénombre d’une échoppe de tissus. C’est là que Jamal est apparu.
Jamal travaille ici depuis des années pour envoyer de l'argent chez lui, en Afghanistan. On a partagé un thé au lait et à la bergamote au milieu des rouleaux de soie, fascinés par ses yeux verts, d'une intensité rare. Après quelques achats, nous sommes ressortis dans la chaleur de la rue, protégée par un immense treillis de bois. C’est à cet instant qu’un rayon de soleil sauvage a percé la structure, créant un puits de lumière brut au milieu du souk.
Je me suis arrêté net. L'image était là, évidente, mais j'hésitais à déranger Jamal une seconde fois. C'est Peggy qui a tranché : « Ben viens, on va lui demander ! ». Sans son élan, la photo n'aurait été qu'un regret. Jamal a compris l'instant au premier regard sur la lumière. Il nous a demandé d'attendre, est reparti dans l'ombre de sa boutique et est revenu métamorphosé, drapé dans sa tenue traditionnelle afghane.