N'Tcha
En novembre 2015, j'ai passé un mois dans le nord du Bénin à chercher des visages scarifiés. Je voulais photographier ceux qui portent encore les marques anciennes, dans les endroits où l'on va le moins.
Je me déplaçais avec un flash de studio et son générateur. C'est lourd et ça n'a rien à faire sur ces pistes, mais c'est la seule lumière qui fasse ressortir le relief d'une scarification. Le reste vient du jour, et là-bas le jour se lève tôt — nous aussi.
Je m'attendais à autre chose. Partout où je suis allé, les gens s'habillaient comme moi.
Quelques jours avant la fin, nous sommes arrivés chez une famille, dans un des endroits les plus reculés du pays. Kounta a expliqué ce que nous venions faire, ils ont accepté, et nous nous sommes assis. On nous a servi un verre de tchoukoutou, la bière du nord. C'est ce qui se fait avant tout le reste.
Lui était chasseur. Il est allé chercher sa tenue traditionnelle, il l'a mise, et il a pris la pose. Nous y avons passé un bon moment.
Un autre jour, pendant que je photographiais, un homme est arrivé. Il avait fait une longue route, et son visage portait des scarifications magnifiques. Il nous a demandé : « C'est vous qui enlevez les scarifications ? »
Le bouche-à-oreille avait fonctionné. Pas le message.