Laurent Ballesta, photographe sous-marin en exposition à Nice #44

Plongez dans l’univers de Laurent Ballesta, photographe sous-marin de renommée mondiale, à l’occasion de son exposition immersive au Musée de la Photographie Charles Nègre à Nice. Dans cet épisode de Photo Storia, art, science et exploration se rencontrent pour raconter les coulisses de ses images tournées en Antarctique, en Polynésie et en Méditerranée. Une aventure visuelle et sonore au cœur des profondeurs.

Longtemps, j’ai plongé trop pressé… C’est pourquoi je fais souvent ce rêve de lenteur : je pars en plongée comme un botaniste en forêt, comme un alpiniste en montagne, calme et serein, sans l’inquiétude du manque d’air ou de l’accident de décompression. Je rêve de m’affranchir de la respiration artificielle, de ne plus devoir rejoindre la surface et de pouvoir vagabonder sur un territoire sauvage, de m’imprégner de lui sans contrainte de temps. Je rêve de vivre l’esprit libre ma passion sous-marine, simplement et sans limite.
Laurent Ballesta

Laurent Ballesta : l’odyssée photographique entre art, science et mystère

Dans ce nouvel épisode de Photo Storia, nous plongeons dans les profondeurs abyssales et les mondes glacés en compagnie d’un invité hors norme. Laurent Ballesta, photographe naturaliste et explorateur de l’extrême, nous ouvre les portes de son univers à l’occasion de son exposition « Mer et Mystère » au Musée de la photographie Charles Nègre à Nice. Accompagnés de Stéphane Tallon, directeur du musée, nous décryptons comment la photographie sous-marine devient un outil de connaissance et d’émerveillement, capable d’éveiller les consciences sur la fragilité de notre patrimoine commun.

Une exposition en résonance avec les enjeux planétaires

L’accueil du travail de Laurent Ballesta à Nice ne doit rien au hasard. Stéphane Tallon explique que cette exposition s’inscrit dans le cadre de la Conférence des Nations Unies sur les Océans de 2025. À travers les images de Ballesta, le musée devient un lieu de réflexion politique et environnementale. Le photographe, bien qu’il se défende d’un militantisme démagogique, agit comme un ambassadeur du vivant. Ses clichés, qu’ils soient pris en Antarctique ou en Polynésie, documentent des écosystèmes menacés par l’anthropisation et soulignent l’urgence de créer de véritables zones marines protégées.

L’Antarctique : le paradoxe du désert coloré

L’un des moments forts de l’épisode concerne l’expédition en Terre Adélie. Laurent Ballesta y décrit un contraste saisissant : la surface, un désert blanc presque dénué de vie, et les profondeurs, un univers psychédélique et multicolore. Malgré des conditions éprouvantes — une eau à -1,8°C et des plongées de plus de quatre heures — le photographe a su capturer la « naïveté » des animaux polaires, comme les manchots et les phoques de Weddell, qui n’ont pas encore intégré la peur de l’homme dans leur ADN. Ces images, réalisées sans aucune retouche, révèlent une biodiversité insoupçonnée de plus de 9 000 espèces.

Sept cents requins : l’adrénaline de la nuit polynésienne

L’épisode nous emmène ensuite sur l’atoll de Fakarava pour l’aventure « 700 requins dans la nuit ». Fruit de cinq années de travail, cette expédition visait initialement à documenter la reproduction des mérous. Laurent Ballesta y raconte l’intensité des scènes de prédation nocturne et le défi technique de photographier à 12 000 ISO pour conserver la lueur naturelle de la lune. Ce récit souligne l’importance de la patience et de l’observation : il aura fallu quatre ans pour comprendre les signes avant-coureurs de la ponte des mérous, un phénomène qui ne dure que trente minutes par an.

La Méditerranée : l’exploration des jardins secrets de Nice

Contrairement aux idées reçues, l’aventure ne se trouve pas toujours à l’autre bout du monde. Laurent Ballesta et Stéphane Tallon évoquent avec passion la richesse des fonds niçois. Devant le Negresco ou au Cap de Nice, des créatures dignes de divinités aztèques, comme le poisson-bœuf, peuplent les pentes de vase verticales. Grâce à la technique de la plongée à saturation, permettant de s’affranchir des paliers de décompression quotidiens, Laurent a pu explorer ces zones d’ombre pendant 28 jours consécutifs, ramenant des images de forêts de corail noir et de poissons-sabres abyssaux.

La scénographie : magnifier l’instant sans le trahir

Stéphane Tallon nous dévoile l’envers du décor du Musée de la photographie. Chaque exposition est un chantier colossal où les salles sont repeintes pour s’harmoniser avec les profondeurs marines. La scénographie de « Mer et Mystère » a été pensée avec Caroline Ballesta pour respecter la signature lumineuse de l’artiste. Ici, pas de place pour l’intelligence artificielle ou la retouche abusive ; tout repose sur la gestion de la lumière in situ. L’objectif est de créer une « parenthèse suspendue » où le visiteur, qu’il soit néophyte ou plongeur expert, se retrouve face à la réalité brute et magnifique du monde sous-marin.

Thèmes abordés dans cet épisode

  • L’exploration sous-marine extrême : Plongée en Antarctique et plongée à saturation en Méditerranée.
  • La photographie naturaliste : La quête de l’inédit, le refus du spectaculaire gratuit et l’importance de la patience.
  • Écologie et conservation : La Conférence des Nations Unies sur les Océans (Nice 2025), la pollution aux métaux lourds et l’impact humain.
  • Technique photographique : Passage de l’argentique au numérique, gestion de la lumière artificielle vs naturelle, haute sensibilité (ISO).
  • Biologie marine : Reproduction des mérous, comportement des requins à Fakarava, biodiversité de la Méditerranée.
  • Muséographie : Conception d’une exposition, choix de la scénographie, rôle du musée comme service public.

Références citées

  • Luc Jacquet (Réalisateur de La Marche de l’Empereur)
  • Vincent Munier (Photographe animalier)
  • Commandant Cousteau (Explorateur)
  • Thomas Pesquet (Spationaute)
  • Yanis Papastamatiou (Spécialiste des requins)
  • Caroline Ballesta (Commissaire d’exposition)
  • Yann Arthus-Bertrand (Photographe)
  • Vivian Maier (Photographe de rue)
  • Jean-Jacques Aillagon & Hélène Guenin (Commissaires d’art)
  • Christian Estrosi (Maire de Nice, évoqué via la municipalité)
  • Richard Chemla & Aurore Asso (Élus niçois)
  • Le Mystère Mérou (Documentaire)
  • 700 Requins dans la nuit (Livre et documentaire)
  • Planète Méditerranée (Livre et documentaire Arte)
  • Musée de la photographie Charles Nègre (Nice)
  • Terre Adélie / Base Dumont d’Urville (Antarctique)
  • Atoll de Fakarava / Archipel des Tuamotu (Polynésie française)
  • Cap de Nice / Baie de Villefranche / Le Negresco (Nice)
  • Banyuls-sur-Mer (Laboratoire Arago)
  • Conférence des Nations Unies sur les Océans 2025 (Nice)
  • Festival de Montier-en-Der (Photo animalière)
  • Biennale des Arts de Nice