Les femmes Chin
Onze heures de bus pour atteindre Mindat, dans les montagnes de l'ouest du Myanmar, et une arrivée de nuit. Ce n'était pas un hôtel qui nous attendait mais une maison, la Sé Nang Family, tenue par une femme qui nous a logés et nourris. Le lendemain, le village entier nous dévisageait ; les enfants nous lançaient « hello » et « bye-bye » comme deux mots interchangeables, les seuls qu'ils connaissaient.
Nous devions partir trois jours en moto, plus haut, pour y photographier des visages tatoués. Le sien l'était aussi. Mais notre hôtesse n'arrêtait jamais — la cuisine, la maison, nous. Je n'ai pas osé la déranger pour lui demander son portrait, et je suis parti sans rien lui dire.
Six heures de piste jusqu'au premier village, sur des chemins parfois aussi larges que nous, la falaise d'un côté et le précipice de l'autre. En haut, la femme que nous devions rencontrer n'était pas là. Nous avons attendu ; quand elle est rentrée, il était trop tard pour la lumière et c'était son heure de cuisine. Ailleurs, les enfants filaient dès que je levais l'appareil. Notre guide a fini par nous expliquer pourquoi : des étrangers étaient passés avant nous, ils avaient promis de l'argent contre quelques clichés et ils étaient repartis sans rien donner. Dans ces villages, la parole donnée fait foi. La nôtre ne valait rien.
Nous sommes redescendus à Mindat le quatrième jour, le corps en morceaux. Une douche chaude, un lit, et notre hôtesse toujours occupée. Cette fois je n'ai plus hésité — et je n'ai même pas eu à demander : c'est sa fille qui a proposé, à ma place, que je fasse le portrait de sa mère. Elle a dit oui.
Il aura suffi que quelqu'un d'autre pose la question.