Julien GERARD
Photographies, livres & podcasts
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Rencontres

Jeune Bédouine

Jordanie, Petra, avril 2011
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Une adolescente en écharpe rose regarde l'objectif, devant le grès veiné de rose et d'ocre de Petra

Petra

Après une semaine de commande intensive à Amman, Petra devait être mon sas de décompression avant l'avion. J’avais passé deux jours à m’user les pieds sur les sentiers, à cadrer des façades sculptées et des falaises ocres jusqu’à l’overdose. La fatigue n'était plus seulement physique ; j’étais saturé d’images. Je me suis posé sur un rocher, le sac entre les jambes, juste pour regarder les autres bouger sans avoir à régler mon boîtier.

C’est là qu’elle s’est approchée. Une jeune bédouine au regard sec, habituée à scanner le touriste pour lui vendre trois babioles. Elle a tenté son approche, a vu que je n'achèterais rien, alors elle a abattu sa dernière carte : « Tu veux faire mon portrait ? ». C'était transactionnel, froid. J'ai refusé. Faire une photo contre quelques billets, ça n'a jamais été ma façon de travailler. Il n'y avait aucune histoire, juste un business.

Pourtant, elle ne s'est pas vexée. Elle s’est simplement assise à côté de moi. On a fini par discuter par bribes, entre deux silences. Son quotidien est une lutte que je ne fais qu'effleurer le temps d'un week-end. Quand un marchand ambulant est passé, je lui ai offert de quoi boire. Elle a souri, a pris le temps de finir sa boisson, puis elle s’est tournée vers moi : « Alors, tu veux toujours faire mon portrait ? ». Cette fois, l’argent avait disparu de l'équation. C’était juste deux personnes fatiguées, d'accord pour fixer un instant de complicité dans la poussière.

Une adolescente en écharpe rose regarde l'objectif, devant le grès veiné de rose et d'ocre de Petra

Site archéologique de Petra et ses habitants

Petra fut la capitale des Nabatéens, du IVe siècle avant notre ère au Ier siècle après. Ce peuple de caravaniers y contrôlait la route de l'encens d'Arabie, des soies de Chine et des épices de l'Inde, et taillait ses tombeaux et ses temples à même la falaise de grès — dont le Khazneh, au débouché du Siq, la faille étroite par laquelle on entre encore aujourd'hui. Le site couvre 26 000 hectares.

Des Bédouins y ont vécu jusqu'à une date récente. Ils sont environ mille, les Bdoul, et logeaient sous des tentes en poil de chèvre, dans les abris sous roche et dans les tombeaux nabatéens vides. En 1985, l'année de l'inscription de Petra au patrimoine mondial de l'UNESCO, le gouvernement jordanien a construit le village d'Umm Sayhoun et les y a installés, hors du site.

Ils y ont gagné une école et un dispensaire, et perdu l'accès à leurs terres de pâture. Depuis, ils fournissent la main-d'œuvre de presque tous les chantiers de fouilles — beaucoup sont devenus des fouilleurs expérimentés — louent des chevaux, guident les marcheurs et vendent des souvenirs et des boissons aux visiteurs venus voir le lieu où ils habitaient.

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