Rencontres

Les femmes Chin

Myanmar, Mindat, mars 2017
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Portrait d'une femme âgée au visage marqué de fines lignes tatouées, vêtue d'une veste rayée bleue et blanche, devant un mur de bois sombre

Les femmes Chin

Onze heures de bus pour atteindre Mindat, dans les montagnes de l'ouest du Myanmar, et une arrivée de nuit. Ce n'était pas un hôtel qui nous attendait mais une maison, la Sé Nang Family, tenue par une femme qui nous a logés et nourris. Le lendemain, le village entier nous dévisageait ; les enfants nous lançaient « hello » et « bye-bye » comme deux mots interchangeables, les seuls qu'ils connaissaient.

Nous devions partir trois jours en moto, plus haut, pour y photographier des visages tatoués. Le sien l'était aussi. Mais notre hôtesse n'arrêtait jamais — la cuisine, la maison, nous. Je n'ai pas osé la déranger pour lui demander son portrait, et je suis parti sans rien lui dire.

Six heures de piste jusqu'au premier village, sur des chemins parfois aussi larges que nous, la falaise d'un côté et le précipice de l'autre. En haut, la femme que nous devions rencontrer n'était pas là. Nous avons attendu ; quand elle est rentrée, il était trop tard pour la lumière et c'était son heure de cuisine. Ailleurs, les enfants filaient dès que je levais l'appareil. Notre guide a fini par nous expliquer pourquoi : des étrangers étaient passés avant nous, ils avaient promis de l'argent contre quelques clichés et ils étaient repartis sans rien donner. Dans ces villages, la parole donnée fait foi. La nôtre ne valait rien.

Nous sommes redescendus à Mindat le quatrième jour, le corps en morceaux. Une douche chaude, un lit, et notre hôtesse toujours occupée. Cette fois je n'ai plus hésité — et je n'ai même pas eu à demander : c'est sa fille qui a proposé, à ma place, que je fasse le portrait de sa mère. Elle a dit oui.

Il aura suffi que quelqu'un d'autre pose la question.

Portrait d'une femme âgée au visage marqué de fines lignes tatouées, vêtue d'une veste rayée bleue et blanche, devant un mur de bois sombre
Myanmar, Mindat, mars 2017.

Les tatouages faciaux des femmes Chin

Dans les montagnes de l'ouest du Myanmar, autour de Mindat, des femmes de l'ethnie Chin portent des tatouages faciaux. Les motifs changent d'un village à l'autre — c'est pour en photographier plusieurs styles que nous avons dormi dans trois villages différents.

Leur origine ne fait pas consensus. La version la plus racontée veut qu'on ait tatoué les jeunes filles pour les enlaidir et les soustraire aux rois birmans qui venaient enlever les plus belles. D'autres y lisent l'inverse : une marque d'appartenance, qui permettait de reconnaître la tribu d'une femme enlevée, ou encore, un signe de beauté, de courage et de force, reçu au passage à l'âge adulte.

Le gouvernement birman a interdit la pratique dans les années 1960. Celles qui la portent encore sont les dernières.

Ce que j'ai vu en 2017 ne recoupe aucune de ces trois versions : devant l'objectif, elles semblaient d'abord avoir honte de leur visage.

Vue aérienne d'un village accroché au flanc d'une montagne : des toits de tôle, une piste de terre, et des crêtes à perte de vue.
Birmanie, mars 2017.
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Matt Drussin

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Un homme assis regarde l'objectif, casquette et lunettes de protection sur la tête, l'épaule marquée d'une callosité