Julien GERARD
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Rencontres

Retba

Sénégal, lac Rose, novembre 2013
Scrollez vers le bas
Une femme rit, foulard bleu et châle rayé, debout sur la rive salée du lac ; derrière elle une pirogue échouée sous un ciel couvert

Retba

Ce jour-là, le lac Rose n'était pas rose. Une étendue d'eau grise sous un ciel pâle, et presque personne sur la rive.

Elle vendait des bijoux, vêtue de bleu clair. Elle s'est approchée, m'a montré ses créations. Je n'étais pas venu pour acheter, et je le lui ai dit.

Nous avons continué à parler quand même. J'ai fini par lui proposer de lui prendre quelques pièces si elle acceptait que je fasse son portrait. Elle a souri, et elle a dit oui.

Après la photo, nous sommes restés là. Elle m'a raconté qu'il venait moins de monde depuis que le Paris-Dakar ne passait plus.

Le lac Rose en était l'arrivée. Ce jour-là, l'endroit avait l'air abandonné.

Je n'ai pas recueilli son prénom. Retba est le nom du lac.

 
Une femme rit, foulard bleu et châle rayé, debout sur la rive salée du lac ; derrière elle une pirogue échouée sous un ciel couvert
Sénégal, lac Rose, novembre 2013 — vendeuse de souvenirs sur la rive.

Le lac Retba, dit lac Rose

Le lac Retba est une lagune salée du Sénégal, à trente-cinq kilomètres au nord-est de Dakar, séparée de l'Atlantique par un cordon de dunes fixé par des filaos plantés dans les années 1970. Il couvre aujourd'hui environ trois kilomètres carrés, contre quatre en 1987 et quinze pour la lagune d'origine.

Son eau contient jusqu'à 463 grammes de sel par litre — treize fois la mer. Sa couleur vient d'une micro-algue, Dunaliella salina, qui produit un pigment rouge pour se protéger de la lumière. Elle n'apparaît vraiment que de novembre à juin, quand le soleil est fort et le ciel dégagé ; pendant la saison des pluies, le lac reste gris ou brun.

Le sel s'y récolte à la main. Les hommes entrent dans l'eau jusqu'à la poitrine et cassent la croûte du fond au piquet ; les femmes déchargent les pirogues et font sécher le sel sur la rive. Tous s'enduisent de beurre de karité contre la brûlure. Ils sont près d'un millier au plus fort de la saison, en juin et juillet, pour vingt-quatre à soixante mille tonnes par an, destinées aux conserveries de poisson et à l'export.

Le lac fut le point d'arrivée du rallye Paris-Dakar jusqu'en 2008. L'épreuve a quitté l'Afrique l'année suivante.

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Un garçon rit en formant un cadre avec ses doigts devant ses yeux, comme s'il photographiait, adossé à une pirogue.